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Cahiers antispécistes n°24 - janvier 2005

Présentation du dossier « Campagnes et revendications sectorielles »

La publication en 1975 de La Libération animale de Peter Singer a induit un renouveau de la réflexion sur le statut moral des animaux ; elle a été suivie de la parution de travaux d'inspirations théoriques diverses remettant en cause le spécisme et les pratiques qui en découlent. Il est apparu une forme de militance pour les animaux cherchant à faire passer ces thèses dans le public. Il en est résulté aussi un renforcement notable des actions destinées à promouvoir le végétarisme ou le végétalisme. Bien que ne questionnant qu'une forme spécifique de l'exploitation animale, celles-ci s'attaquent à la première cause de maltraitance et de meurtre des animaux, une cause presque totalement négligée jusqu'alors.

Les thèses sur la libération (ou l'égalité) animale ne sont pas arrivées en terre vierge. Il existait déjà nombre d'associations œuvrant dans des domaines particuliers et s'appuyant sur des discours mêlant l'appel à la compassion pour les bêtes à l'idée que l'amélioration de leur sort servait l'intérêt des humains.

Le mouvement animaliste actuel est fait de l'héritage, et de la superposition partielle, des pratiques et idées issues des formes plus anciennes de protection animale et de la contestation du spécisme telle qu'elle s'est développée à partir des années 1970. Une part importante des forces de ce mouvement est aujourd'hui engagée sur des terrains spécifiques, menant des actions ou des campagnes destinées à faire aboutir des revendications concrètes, sur lesquelles on peut espérer des progrès ou des victoires en l'espace de quelques années. Ces revendications sectorielles sont de deux ordres :

- Certaines visent l'abolition pure et simple d'une forme d'exploitation des animaux : la corrida, l'expérimentation animale pour la mise au point de cosmétiques, la consommation de viande de chien ou de cheval...

- D'autres cherchent à améliorer le sort des animaux soumis à des utilisations dont la disparition n'est pas envisageable à court terme : conditions de vie des animaux « de ferme », protection des animaux « de laboratoire », réglementation du transport d'animaux vivants... Des associations interviennent également en faveur d'animaux qui ne sont pas la propriété d'humains mais qui sont détruits par eux à travers des activités telles que la chasse ou l'élimination des « nuisibles ».

Les textes rassemblés dans les pages suivantes apportent un éclairage sur cette composante du mouvement animaliste qui s'emploie à faire aboutir des revendications sectorielles.

Dans le premier ( « Faire avancer le schmilblic »), Peter Singer offre une synthèse de la stratégie d'Henry Spira qui, de 1975 à 1998, fut l'organisateur de campagnes concernant tant les animaux destinés à l'expérimentation que ceux élevés et abattus pour leur chair.

Dans le second ( « Welfarisme »), je reviens sur l'expérience de Spira pour en arriver à la situation d'aujourd'hui et à la nouvelle donne qui résulte de l'atténuation de la coupure entre défense et libération animale. Nous sommes dans un contexte où, de fait, nombre de militants travaillent à l'obtention de résultats précis accessibles à brève échéance. Ces actions peuvent être l'un des leviers conduisant à faire reculer le spécisme. Il est préférable, à mon sens, de s'employer à comprendre pourquoi et à quelles conditions, plutôt que de dénigrer a priori le travail accompli en ce domaine, en postulant qu'il se fait nécessairement au détriment d'objectifs plus ambitieux.

Les trois derniers textes illustrent le thème des actions et revendications sectorielles en prenant l'exemple de la campagne pour l'abolition du foie gras : la présentation générale de cette campagne est suivie du manifeste élaboré par ses intiateurs, et du texte qu'ils ont écrit pour rétablir la vérité sur le gavage.

Nous aurions aimé compléter ce dossier par un autre exemple de militance « spécialisée », en abordant le travail de longue haleine qui est mené pour rendre plus sévère la réglementation concernant les conditions d'abattage des animaux, et pour faire appliquer les dispositions déjà existantes. La récente publication de L'abattoir !... Agir autrement [1] ! offrait un support de choix pour aborder ce sujet.

Depuis quinze ans, l'auteur - Gil Raconis - visite des abattoirs pour le compte de l'OABA. Son travail consiste à relever les infractions à la réglementation qu'il y constate. Le livre qu'il a tiré de cette expérience est précis et bien documenté. Il constitue aussi un témoignage fort sur ce qu'est l'agonie avant la viande ; un témoignage rempli de compassion pour les animaux et dénué de haine envers les travailleurs de la mort.

L'ouvrage de Gil Raconis est un outil précieux pour tous ceux qui militent en faveur des bêtes élevées pour la boucherie. Voilà un texte qu'on aimerait mettre sous les yeux des mangeurs d'animaux qui protestent que leur sensibilité ne supporterait pas de savoir comment on les abat, ou qui répandent la fausse nouvelle de morts indolores et sans angoisse assurées par nos modernes usines à tuer.

Les Cahiers auraient voulu mettre à la disposition de leurs lecteurs des extraits de ce livre, mais l'éditeur ne nous y a pas autorisés. Nous ne pouvons donc contribuer à la diffusion de cet ouvrage qu'en mentionnant son existence [2].

Je crois nécessaire pour finir de signaler une possible insuffisance de ce dossier : il n'intègre pas l'apport des Estivales 2004 (car je n'y étais pas). C'est dommage, car plusieurs des thèmes programmés à ces rencontres se prêtaient à une discussion de l'intérêt de campagnes sectorielles, et à sa comparaison avec celui d'autres formes de réflexion et d'action. Des enregistrements ou transcriptions de certaines des conférences données aux Estivales 2004 devraient être prochainement disponibles à l'adresse :

http://question-animale.org

Les lecteurs internautes pourront donc y trouver des informations et opinions complétant (ou contredisant) celles incluses dans ce dossier.

[1] Gil Raconis, L'Abattoir... Agir autrement !..., édité par l'OABA (Œuvre d'Assistance aux Bêtes d'Abattoir), 2004.

[2] Pour se procurer L'Abattoir... Agir autrement !... : commande à OABA, 10 pl. Léon Blum, 75011 Paris. Chèque à l'ordre de l'OABA. Prix : 20€ (frais de port inclus). Site de l'OABA : http://www.oaba.asso.fr/.

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