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Cahiers antispécistes n°12 - avril 1995

C’est fait, les bêtes ont été pensées

À propos du Philosophe et ses Animaux de Jean-Yves Goffi

Les animaux (non humains) ont-il des droits ? Ont-il une valeur intrinsèque ? Comment devrions-nous les traiter ? Avons nous des obligations envers eux ? Telles sont les questions que J.Y. Goffi se propose d'explorer « en philosophe [*] » (p. 21). Son livre présente les principaux auteurs ou écoles qui se sont prononcés sur le statut éthique de l'animal. Ils se divisent en deux grandes familles :

1. Ceux pour qui l'animal ne mérite en lui-même aucune considération morale. C'est l'opinion, à de rares exceptions près, des théologiens chrétiens comme Saint Augustin ou Saint Thomas d'Aquin. C'est également la position de Kant [1]. À la différence de l'homme, les animaux n'ont pas été créés à l'image de Dieu, ou ne sont pas doués de raison, ou encore ne sont pas des êtres de liberté. Le fait qu'ils ne soient pas des agents moraux suffit à les exclure de la sphère des êtres envers qui nous avons des devoirs. Il existe pourtant des limites à l'usage que nous pouvons en faire, mais elles ne doivent rien à la prise en compte de leurs besoins ou aspirations. Il s'agit d'obligations indirectes : il ne faut pas infliger aux animaux des traitements qui pourraient exprimer (ou inciter à) un manque de respect envers l'humanité ou la création divine.

2. Ceux pour qui le bien-être des animaux a une importance en lui-même, et donc pour qui nous (les agents moraux) avons des obligations directes envers eux. Les défenseurs les plus éminents de ce point de vue sont P. Singer et T. Regan [2]. Ils ont en commun de considérer que « la sensibilité marque la frontière de la prise en considération morale [3] » (Goffi, p. 213). Néanmoins, ils s'inscrivent dans des courants philosophiques distincts. Singer se réclame de l'utilitarisme, alors que Regan y est hostile. Regan fait grand cas de la notion de droit, alors que Singer estime pouvoir s'en passer. Ces oppositions ne relèvent pas de la seule spéculation intellectuelle. Si les deux auteurs se rejoignent le plus souve