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Présentation du numéro 30-31

Au menu de ce numéro double, quatre grands thèmes et une note de lecture.

Affaiblir l'industrie de la viande

Le mouvement animaliste moderne doit beaucoup à la réflexion menée autour de l'éthique animale à partir des années 1970. Cette origine a entraîné une place importante accordée à la justification des positions défendues (argumenter l'extension du principe d'égale considération aux animaux non humains). L'empreinte de la réflexion éthique est peut-être aussi l'un des facteurs qui ont favorisé la prédominance – dans un premier temps du moins – d'une stratégie de changement social fondée sur l'éducation morale : enseigner que les animaux sont des patients moraux à part entière et inciter chacun à modifier son comportement en conséquence. En pratique, cela s'est traduit par une prédilection pour une « stratégie de la demande », axée sur la sollicitation des consommateurs. Elle a souvent été conçue comme exigeant d'abord de convaincre le public de la justesse des thèses de l'égalité animale, le changement d'attitude étant conçu comme une conséquence directe d'une révolution dans les convictions. À l'usage cependant, il est apparu que ce schéma négligeait des stratégies complémentaires possibles, tout en surestimant la portée de la première. Le sursaut moral tarde à venir, ou du moins à se traduire dans les comportements. Pourtant, les mentalités évoluent : la question de la maltraitance des animaux est bien plus présente qu'autrefois dans le débat public, et plus largement reconnue comme un problème sérieux. Comment tirer parti de cette sensibilité nouvelle sans attendre que le public apprenne et adopte des théories antispécistes ? Comment faire pour que cette sensibilité joue un rôle progressif, même lorsqu'elle n'a pas la force suffisante pour induire une inflexion du comportement individuel ? Par ailleurs, la stratégie de la demande ne néglige-t-elle pas le fait que la résistance active au changement vient plus particulièrement des acteurs puissamment intéressés au statu quo : les filières économiques dont l'activité repose sur l'utilisation des animaux. Telles sont les questions soulevées par les auteurs des deux premier textes de ce numéro : Martin Balluch dans son essai «  Abolitionnisme versus réformisme  » et Erik Marcus dans les extraits que nous publions de son livre Meat Market. Tous deux s'appuient sur une longue expérience d'engagement en faveur des animaux. Chacun à sa manière plaide pour le développement d'une « stratégie de l'offre », une stratégie qui vise à affaiblir les filières des productions animales, en donnant la priorité qu'elles méritent aux principales d'entre elles : celles liées à l'usage alimentaire des animaux. Ce faisant, Balluch et Marcus ouvrent des perspectives sur ce que pourraient être les jalons menant à l'abolition de la viande (cf. CA n° 29).

Répression en Autriche

Lors de la conception de ce numéro, il n'était pas prévu de publier trois textes de Martin Balluch. Puis, à l'été 2008, survint une vague de répression d'une brutalité inattendue. Martin Balluch s'est ainsi trouvé parmi les victimes d'une opération destinée à réduire au silence le mouvement animaliste en Autriche. Parce que cette expérience risque de se reproduire ailleurs, et parce que la solidarité internationale qui s'est manifestée en cette occasion est un acquis à cultiver, nous avons voulu inclure dans ce numéro des Cahiers une trace de ces événements. Les deux messages de Martin que nous publions (l'un écrit en prison et l'autre après sa libération) fournissent à la fois un résumé des faits et une analyse de ceux-ci. On peut les considérer de surcroît comme une suite apportée à «  Abolitionnisme versus réformisme  », sur la base de l'expérience des derniers mois.

Conscience animale

David Chauvet a rencontré des milliers de personnes sur les stands de l'association Droits des Animaux. C'est à force d'entendre sans cesse affirmer que les animaux n'ont pas de conscience (mais qu'ils peuvent souffrir !) qu'il a réalisé à quel point une vision indigente de l'esprit animal alimentait le spécisme. Dans « La volonté des animaux  », il a réuni nombre d'observations éthologiques attestant des multiples facettes de la conscience animale. Il met par ailleurs ces données au service d'une thèse visant à faire reconnaître le droit à la vie des animaux sur la base du préjudice que constitue la mort, en ce qu'elle prive les êtres sentants de la possibilité de poursuivre leurs buts.

Théodore Monod

Jean Nakos et André Méry dressent un portait documenté et chaleureux de cet homme qui s'engagea en faveur des animaux et de bien d'autres causes. Jean Nakos nous le fait découvrir à travers des éléments de biographie et nous éclaire sur les influences qui ont marqué sa pensée. Après Andrew Linzey (CA n° 28) et Albert Schweitzer (CA n° 29), c'est ainsi une nouvelle figure des défenseurs chrétiens des animaux qui est présentée dans ce numéro. André Méry quant à lui témoigne de sa rencontre avec Théodore Monod en 1998 et 1999 et nous fait part des résultats de l'enquête qu'il a menée par la suite sur la question de son végétarisme.

Helmut Kaplan

Helmut Kaplan est un écrivain autrichien né en 1952. Végétarien depuis l'âge de 11 ans, il compte parmi les pionniers du mouvement de libération animale. En 2008, l'un des ses livres a été traduit en français. Clèm nous présente cet ouvrage intitulé Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne.