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Tribunal animal

Chansons à charge

Tribunal Animal est un album très embêtant. Il y est question de ce que l'homme a fait de l'animal. De ce que l'homme a fait à l'animal. L'album est parfois rude, mais tellement moins que la réalité qu'il décrit. L'homme en tant qu'individu n'y est pas condamné. Ou seulement comme victime d'une machine qui le dépasse, qu'il sert sans nécessairement y adhérer.

Inventeur de frontières

De races et d'espèces,

Et pourtant avant-hier

Tu n'étais que promesses [1]

L'album complet (11 titres), ainsi qu'un CD 4 titres sont en vente sur le site www.tribunal-animal.com [2]. On y trouve également un forum, les paroles des chansons accompagnées d'extraits à découvrir en ligne, ainsi qu'un dictionnaire alternatif et savoureux : « Le Petit Quolibet Illustré ».

Nombreux sont ceux qui ont analysé les rapports entre l'homme et ce qu'il appelle « les animaux ». Il y a ceux qui, refusant d'emblée que l'homme puisse être un animal, ont développé de longues descriptions de différences supposées et d'expériences (malheureusement avérées), à l'aune d'instruments et de critères taillés sur mesure aux caractéristiques de l'Homo Sapiens. Ainsi, dans sa rubrique « Consciences », le site présente un important travail d'inventaire des écrits d'humains, célèbres ou non, ayant traité de la question à travers l'histoire, de Porphyre à Cyrulnik, en passant par Bentham ou Salt.

Lorsque vous aurez entendu ce disque, vous n'aurez qu'une envie, celle d'en commander d'autres pour les offrir autour de vous. Notre conseil : prenez les devants, et achetez-en plusieurs d'un coup !

Te voilà en maman poule

Jamais tu ne câlines assez

Mais tu cuisines en batterie

Les animaux pour de vrai […]

Tu leur apprends déjà les lois du barreau

Ils vont au cirque et au zoo […]

Vont-ils retenir que le respect

N'est qu'affaire de circonstance [3]

Depuis le « Meat is Murder » des Smiths, ou l'album « Liberation » réalisé au profit de Peta, il n'a pas été si fréquent qu'une œuvre musicale se fasse porteuse d'un tel message et d'une telle réflexion. Il est encore bien plus rare qu'un tel évènement se produise en France. La subtilité des musiques et des textes, l'intelligence de la stratégie et la générosité qui sourde du projet tout entier inscrivent solidement Tribunal Animal parmi ces œuvres fondatrices. Entrer dans l'univers de Tribunal Animal, c'est renouer avec cette émotion première, cette révolte primitive qui, si elle nous conduit aujourd'hui à rejeter le spécisme, fut sans doute d'abord une émotion, quelque chose qui prend à la gorge, avant de devenir une conscience et, enfin, un acte politique.

Ni le disque ni le site ne révèlent qui sont les auteurs de ce disque magnifique. Leur éthique artistique les conduit à ne pas attirer l'attention en tant qu'individus, et à ne mettre en avant que l'oeuvre et le propos. Que soient remerciés les auteurs anonymes, les héros malgré eux, les humains discrets qui nous offrent cette pure merveille. Que vive Tribunal Animal !

[1] Extrait de la chanson « Je suis l'animal ».

[2] Si vous n'avez pas Internet, vous pouvez commander par courrier postal à : Zembrena, 24 rue de Liège, 75 008 Paris. L'album complet 18 euros, le CD 4 titres 8 euros (frais de port inclus). Chèques à l'ordre de Zembrena.

[3] Extrait de la chanson « Le petit lapin ».