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Sur Le Projet Grands singes – L’égalité au-delà de l’humanité

The Great Ape Project [1] en version française [2] ? Un vœu exaucé par Marc Rozenbaum, qui l'a traduit, et par One Voice qui l'a édité !

Les signataires du GAP [3] appellent à l'intégration, dans la loi, de droits fondamentaux pour les grands singes [4] : droit à la vie, à la protection de la liberté individuelle, à la prohibition de la torture [5]. L'extension de l'égalité aux grands singes est motivée par le fait qu'ils sont nos plus proches parents et nous ressemblent par leurs aptitudes et leur mode de vie. Ce livre rassemble une trentaine d'articles de philosophes, anthropologues, psychologues et éthologues qui argumentent en faveur de ce projet.

Dans le cadre de la lutte contre le spécisme, on peut s'interroger sur la pertinence d'un tel projet, qui ne fait que déplacer une frontière sur des bases de capacités mentales évoluées et renforçer, comme critère moral déterminant, le préjugé en faveur de l'intelligence, au détriment de la sensibilité. De plus, il est difficile d'apprécier ce que seraient les conséquences globales du succès du GAP. N'aurait-on pas tôt fait de remplacer les grands singes par d'autres animaux dans les laboratoires, de même que dans les zoos et les cirques ? On peut néanmoins espérer que les transferts ne seraient pas systématiques, et que le succès du GAP impulserait l'adoption de méthodes alternatives à l'expérimentation animale, et remettrait en question l'enfermement des animaux dans les établissements de loisirs pour humains.

Au-delà de ces considérations, deux points me semblent particulièrement intéressants :

1- Stratégiquement, le GAP a l'avantage de viser un objectif qui peut être gagné à moyen terme, ce qui est encourageant pour la suite. Il est en effet possible d'apprendre aux grands singes des éléments de la langue des signes, ils nous sont évolutivement très proches et font preuve d'émotions sophistiquées qu'on peut aisément apparenter aux nôtres. Ces possibilités de communication et la séduction qu'ils exercent sur les humains rend le projet populaire et sympathique. Ratifier la « Déclaration sur les grands singes » ne constitue pas une grande concession pour un État, et lui permet à moindres frais de témoigner sa bonne volonté sur la question animale. Des dispositions très restrictives concernant l'expérimentation sur les grands singes ont ainsi déjà été adoptées en Nouvelle Zélande.

2- Le projet est initié par Peter Singer et Paola Cavalieri, qui sont des antispécistes reconnus, et qui ne cachent pas l'instrumentalisation qu'ils veulent faire du GAP, indépendamment des signataires qui n'ont pas à partager cette perspective (mais qui la partagent tout de même pour bon nombre d'entre eux !). A titre d'exemple, citons le dernier paragraphe de la postface de leur ouvrage :

La création d'une [telle] instance internationale pour l'extension de la communauté morale à tous les grands singes ne sera pas une tâche aisée. Si l'on parvient à l'accomplir, elle prendra tout de suite une valeur pour les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans du monde entier. Plus déterminante, peut-être, sera sa valeur symbolique, en tant que première brèche réalisée dans la barrière de l'espèce.

Le GAP est envisagé comme un palier vers la libération animale. Il soulève des questions qui dépassent largement le cas des grands singes. On le voit dans les différentes contributions qui y sont apportées. L'évidence de l'identification de la sphère morale avec l'humanité est remise en cause sous des angles multiples, avec le questionnement du concept même d'espèce [6] ou encore avec la proposition, au vu des résultats récents sur les distances génétiques entre espèces, de réunir grands singes et humains dans un seul et même genre [7]. L'autoproclamation de l'espèce humaine comme une espèce isolée et coupée du reste des animaux y est mise à mal d'une façon qui intéresse particulièrement l'égalité animale.

Il est donc utile de lire ce livre dont la portée va bien au-delà du cas des singes anthropoïdes. L'Alliance végétarienne en a présenté la version anglaise dans le supplément au numéro 59 de son bulletin de décembre 1999. L'Union pour les Animaux [8] a intégré le GAP dans le manifeste qu'elle a présenté pour les élections présidentielles et législatives de 2002. De grandes maisons d'édition françaises, outillées pour une large diffusion, auraient dû voir aussi en cet ouvrage un livre d'intérêt majeur, à l'instar des éditeurs d'autres pays. One Voice a remédié à ce manque, en en fournissant une version française.

Vous pouvez signer la déclaration du Great Ape Project sur le site officiel. Pour commander la traduction française (20 euros), passez par la boutique du site de One Voice, ou adressez un courrier postal à : One Voice, 23 rue Chanoine Poupard, BP 91923 44319 Nantes Cedex 30.

Je vous conseille également d'aller lire le texte « Le grand singe à l'avant garde de la libération animale » de Marité Moralès sur le site : http://www.onevoice-ear.org/campagn... qui présente le GAP et donne un état des lieux de la situation des grands singes dans le monde.

[1] Sous la direction de Paola Cavalieri et Peter Singer, The great Ape Project: Equality Beyond Humanity, éditions Fourth Estate, 1993. Deux extraits de ce livre ont été traduits dans le numéro 8 des Cahiers antispécistes en septembre 1998 : La « Déclaration sur les grands singes anthropoïdes » (le manifeste définissant l'objectif du projet, signé par le collectif des auteurs) et la contribution de Christoph Anstötz intitulée « Les humains handicapés mentaux profonds et les grands singes anthropoïdes : une comparaison ».

[2] Le projet Grands Singes - L'égalité au-delà de l'humanité, traduction de Marc Rozenbaum, One Voice, 2003.

[3] GAP, pour Great Ape Project, signifie « brèche » en anglais. Le GAP se propose, effectivement, d'ouvrir une brèche dans l'humanisme.

[4] Classiquement, les grands singes comprennent les chimpanzés (dont les bonobos), les gorilles et orangs-outans.

[5] Voir aussi au sujet de la personnalité juridique l'article sur Steven M. Wise, « Rattling the cage : vue d'ensemble », dans CA n°21, février 2002.

[6] On pourra lire aussi à ce sujet l'article de David Olivier, « Les espèces non plus n'existent pas », dans le numéro 11 des Cahiers de décembre 1994.

[7] Sur ce sujet voir également : David Olivier, « Mélange de genres », C.A. n°2, janvier 1992.

[8] L'Union pour les Animaux est une coalition de quatre associations : l'Alliance pour la suppression des corridas, Animaux Secours, SOS Grand bleu et One Voice.