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Lapins sans papiers

Écologie, spécisme, massacres

Il ne faut pas intervenir dans le cours naturel des choses, nous dit-on. Mais lorsque les humaines considèrent que leurs intérêts en jeu sont suffisamment importants, ils/elles n'hésitent finalement guère. Les écologistes et les « amies » des animaux comme les autres.

Les koalas « prolifèrent » en Australie du Sud, et rentrent en compétition avec les producteurs de « gomme de manne ». Le gouvernement envisageait donc en 1996 de massacrer 2000 des 5000 koalas qui vivent dans la région. Les koalas ont la chance de faire un mignon relief dans l'imaginaire des humaines. De nombreuses associations ont protesté. Du coup, ceux qui sont « excédentaires » seront acheminés vers d'autres régions où l'on plantera les eucalyptus dont ils se nourrissent, « tandis qu'on va mettre au point un programme de stérilisation des koalas qui resteront sur place pour maîtriser le nombre des naissances » (source : Orizzonti). Ce sont finalement les écologistes elles/eux-mêmes qui nous montrent comment, si l'on veut s'en donner la peine, on peut intervenir dans les fameux prétendus équilibres naturels en se souciant des intérêts des individus animaux.

Mais, puisque nous en sommes à l'Australie, et à l'intervention dans les « équilibres naturels », parlons des lapins. On sait (30 milions d'Amis, n°101, juillet 1995) que le Centre de Recherches pour le Contrôle des Vertébrés Nuisibles (qui est en fait une entreprise privée australienne), a lancé un programme de recherches sur l' « immuno-contraception », par laquelle un virus contagieux mais rendu inoffensif se fait le vecteur d'un moyen contraceptif. Ce n'est pas par souci désintéressé du bien des lapins (ou des renards...) que de telles recherches sont effectuées, mais parce que les « méthodes conventionnelles de contrôle » sont inefficaces ; qu'il s'agisse du fusil, du poison, des pièges, des épidémies (la myxomatose, par exemple, a perdu de sa virulence au fil des années, et la population de lapins a retrouvé sa valeur initiale)... « Une telle méthode de contrôle des populations serait applicable à certaines espèces dites sauvages, afin d'amenuiser des problèmes locaux ou dans le cas où des difficultés interviendraient dans le cadre de la vaccination contre la rage, par exemple », dit Marc Artois du Centre national d'études vétérinaires et alimentaires (!) de Nancy. Bien sûr, de telles méthodes sont aussi potentiellement dangereuses, et il y a lieu de faire particulièrement attention si on les utilise. Mais elles présentent des perspectives intéressantes.

Hélas, pour « contrôler » la population australienne de lapins c'est une autre méthode, particulièrement horrible, qui a finalement été choisie : un autre programme de recherche était destiné à tester le calicivirus VHD comme arme biologique, pour remplacer l'enfumage des terriers et le tir à la carabine dans la guerre que les humaines leur livrent en permanence (les lapins utilisent à leur propre profit les récoltes des humaines, font de l'ombre à la faune indigène...). En fait, le laboratoire a laissé échapper le virus (volontairement ou non). Sur un bon quart du continent, 95% de la population a été exterminée. Déjà, dans les années 1950, un humain avait répandu la myxomatose (dont le virus provoque une mort lente et particulièrement douloureuse), avec des résultats meurtriers similaires. Ici la maladie met deux jours à tuer chaque individu et elle est effroyablement contagieuse. La population australienne totale était l'année dernière de 300 millions d'individus...Nous vous laissons évaluer l'étendue et l'horreur du massacre...

Rappelons que si les lapins ont mauvaise presse en Australie, c'est aussi parce qu'ils ne sont pas « naturels », « indigènes », « autochtones » ; l'espèce a été introduite par des humains en 1859, et le nombre d'individus croît très vite, faisant de la concurrence aux animaux « natifs », à ceux qui, eux, sont là « naturellement donc légitimement ». Les lapins ne font pas mignon relief dans l'imaginaire naturaliste, nationaliste et spéciste des Australiennes...

Le Figaro du 23 janvier 1997 titre : « Les lapins australiens massacrés à l'arme virologique : des fermiers heureux, des écologistes inquiets : nouvel équilibre ou menace de déséquilibre ? » (article de Fabrice Nodé-Langlois). En fait, sont inquiets, outre les écologistes, un certain nombre... d' « antispécistes » locaux ! « Les associations telles Animal Liberation redoutent toujours la transmission du virus à d'autres espèces ainsi que les déséquilibres écologiques que pourrait entraîner une éradication aussi brutale. » Quand bien même cette inquiétude concernant la transmission du virus à des animaux d'autres espèces serait fondée, il est obscène de la mettre en avant alors que ce virus aujourd'hui même est en train de tuer : en attendant, ce sont des lapins bien réels qui agonisent par millions dans des conditions atroces ! Vous croyez que ce sont ces morts et ces souffrances bien réelles que les animal rights activists vont mettre en avant dans leurs protestations ? Vous imaginez qu'ils et elles vont exiger que d'autres solutions non génératrices de souffrances et de mort soient recherchées de toute urgence ? Non, ce qui transparaît dans leurs discours, c'est simplement qu'il ne faut pas que le virus saute d'une espèce à l'autre ! Cela en dit long en tout cas sur la mesure dans laquelle chez certaines personnes qui se réclament de la libération animale le respect de l'ordre naturel prime sur la considération des intérêts des êtres sensibles. L'écologie aussi est un virus, d'une sale maladie : le naturalisme.