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Pour ne pas véhiculer une autre discrimination…

Une des discriminations inter-humaines majeures, c'est celle qui concerne les deux genres. La culture dominante fait de « l'homme » le modèle, la référence universelle, et de « la femme », un « cas particulier » ; par exemple, « droits de l'homme » = des humains en général, « droits de la femme » = d'une catégorie particulière.

Le langage reflète très directement cette discrimination, à tous les niveaux. Dans la grammaire même, « le masculin l'emporte » ; on dit « Jeanne et Jean sont allés... » et non « allées ».

La lutte des Cahiers antispécistes passant par définition par l'usage de la langue, nous sommes amenées presque automatiquement à véhiculer cette discrimination ; et dès lors que nous cherchons à sortir de cet automatisme, nous constatons qu'aucune solution générale n'existe en français qui n'alourdisse les textes ou ne transforme profondément la langue. Cependant, faire un tel effort est peut-être un des prix à payer pour une transformation culturelle majeure. Nous l'avons déjà fait dans une certaine mesure en ce qui concerne les animaux - écrivant assez systématiquement, par exemple, « les animaux non humains ».

La question des genres n'est pas le sujet central des Cahiers, même si elle nous tient à coeur et possède des rapports évidents avec le spécisme. Nous craignons de rendre nos textes encore plus « marginaux » par un langage encore plus « ésotérique » pour quiconque ne fait pas partie du microcosme militant. De plus, il existe une divergence au sein de la rédaction :

- Yves préfère l'introduction de formules qui marquent conjointement de façon plus égalitaire l'existence des catégories sociales hommes et femmes. Une tendance qui se diffuse aujourd'hui est d'écrire, par exemple, « Jeanne et Jean sont alléEs » ; le caractère inhabituel de ces « E » permet de mettre en évidence la réalité de la domination masculine et d'ainsi rappeler son existence. Nous avons choisi, cependant, d'utiliser plutôt le soulignement ou le gras - « allées », « allées » - qui jurent moins. Nous avons choisi, aussi, de ne pas le faire dans les cas ou cela s'avérerait trop laid ou rendrait la lecture difficile.

- David souhaite le développement en français, comme cela a été fait pour l'anglais, d'une langue « libre du genre » qui permette de ne faire apparaître le genre d'une personne que quand et si on le juge pertinent. Il n'aime pas le rappel automatique de l'existence de deux genres jusque dans des contextes où le sujet traité ne s'y rapporte aucunement. Mais un tel projet est nettement plus difficile pour le français que pour l'anglais (que les personnes intéressées le contactent).

Dans ce numéro des Cahiers, nous n'avons pas imposé aux textes de norme cohérente, systématique ; nous avons jugé au cas par cas. Nous avons aussi décidé de ne pas modifier les articles d'autres auteures, même traduits par nous.