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Obsessions chrétiennes

Nous avons d'abord ri quand nous avons découvert dans le numéro de novembre 1996 de Golias, revue chrétienne « de gauche », que les antispécistes sont... des satanistes ! Ri, oui, mais enfin, c'est bien là une nouvelle campagne anti-antispéciste, menée par les chrétiennes « de gauche » aux relents de Torquemada, inconsistante en diable mais efficace parce qu'elle rassure l'idéologie dominante. Le texte de Golias, non signé, était inspiré d'un livre de Paul Ariès paru ultérieurement, Le Retour du Diable [1].

Démentir d'être satanistes ? De toutes façons le propre du sataniste est de se cacher. Donc si nous démentons, nous sommes satanistes, CQFD. Nous avons cependant démenti par un tract, en faisant noter que nous, personnellement, ne croyons pas en Dieu ni donc au Diable, c'est logique. Nous eûmes quelques bisbilles avec les chefs du Ras l'Front lyonnais, grandes amies de Golias.

Mais en fait, Ariès ne nous accuse pas proprement d'être des satanistes. Ni nazis. Enfin, si. Ou alors, non, mais c'est tout comme. Car enfin, les satanistes sont bien antispécistes, puisqu'ils s'accouplent avec des animaux [2] refusant donc la « distinction homme/animal » ; antispécistes, donc, ou c'est tout comme [3] ; les antispécistes sont satanistes, donc, ou c'est tout comme. Des gens qui refusent les oppositions à la base de toute pensée [4] : hommes/femmes, adultes/enfants, humaines/animaux, etc. Les nazis sont néo-païens, pareil que les satanistes. Il y a d'ailleurs plein de néo-satanistes nazis. Et homosexuels, avec ça. Hitler était végétarien et d'ailleurs « sans doute était-il bisexuel [5] » et le parti nazi a été fondé par des homos [6]. Hitler homos satanistes végétariennes antispécistes tout pareil.

Je n'exagère pas, au contraire, en transcrivant sous cette forme la prose de P. Ariès. Sa principale technique, outre le contresens (son texte en est truffé [7]), est l'amalgame, qui lui permet de mettre dans un même sac satanisto-modernisto-néonazi tout ce qui lui déplaît : la pornographie, l'homosexualité et l'antispécisme en particulier. Et MacDonald aussi, parce que leurs frites sont toutes pareilles [8]. Lui déplaît ce qui n'est pas conforme aux canons centraux de la société, catholique-humanistes, ce qui déroge aux repères traditionnels. Sa passion est le maintien des catégories, hommes/femmes etc. Son obsession constante est le sexe, qu'il voit partout. Où donc a-t-il pêché que « certains antispécistes [9] » prônent la vie maritale entre humaines et non-humains ?

Ariès se montre d'une homophobie en béton [10]. On croit lire Jean-Paul II. Mais lui, Ariès, est « de gauche ». Comme quoi religion et humanisme n'interdisent pas d'être à la fois de gauche et réactionnaire ; et comme quoi un certain « antifascisme » sert surtout à la javellisation de la pensée.

[1] Éd. Golias, 105F, septembre 1997 ; à voler dans toute mauvaise librairie.

[2] Le Retour du Diable, p. 102.

[3] Page 107 : « Le néosatanisme s'empare de ce discours antispéciste [qui] appelle à (re)découvrir notre propre animalité (...). » Les deux pages sous le sous-titre « Le piège de l'antispécisme » parlent surtout de satanisme et de racisme, sans qu'on n'en montre la pertinence (à part l'habituelle référence à Luc Ferry). Mais comme il en parle, y'a sûrement un rapport...

[4] Page 89, par exemple : « la psychanalyse (...) montre que la différence des sexes se trouve à l'origine de toute pensée ». Moi-même ai parfois l'impression de penser, mais je me trompe certainement, puisque je remets en cause ces oppositions d'essence.

[5] Page 93.

[6] Page 92.

[7] Du genre si on ne croit pas en Dieu, on croit au Diable. Ou si on n'est pas pour la suprématie humaine, on est pour la suprématie animale. Certaines spécistes semblent incapables de concevoir qu'on ne soit pas essentialiste comme eux.

[8] Il est l'auteur d'un autre livre, Les Fils de McDo, éd. L'Harmattan, 1997.

[9] Page 90 : « Sera-t-il possible de dire aux enfants (...) lorsque vous serez grands vous pourrez choisir entre la vie à deux avec un individu de sexe opposé, du même sexe ou pourquoi pas (à suivre certains antispécistes) avec un animal ? » C'est là un phantasme courant chez les anti-antispécistes.

[10] Exemple, page 90 : « L'homosexualité se caractérise par (...) une incapacité à vivre [l'altérité fondamentale des sexes] (...). »