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Cahiers antispécistes n°01 - octobre 1991

Non, je ne suis pas une amie des bêtes !

Traduit par le Collectif Parisien Anti-Vivisection

Le présent texte est paru il y a plusieurs années dans la revue Le pigeon voyageur, sous la signature ci-dessus. Le groupe LAIR, qui semble ne plus exister, se définissait, selon nos informations, comme des « gays et féministes concernés par les droits des animaux ». Nous ne savons malheureusement pas qui était le « Collectif Parisien Anti-Vivisection », qui déclare à côté de cet article : « Nous voulons parler pour ceux qui sont non-représentés, suppliciés. Le plus grand dénominateur commun pour tous est l’expression d’une éthique englobant les plus faibles. La question n’intéresse personne, parce qu’il s’agit d’un non-pouvoir, d’une non-parole… »

Je suis fatiguée de m'entendre dire par les gens qui apprennent que je suis végétalienne et anti-vivisectionniste : « Oh ! Bien sûr vous êtes une amie des animaux ». Si je protestais à propos des Pakistanais qui sont battus par le Front National, je ne pense pas que ces mêmes personnes diraient avec la même complaisance « Oh ! Bien sûr vous avez toujours aimé les Pakistanais ».

Être opposé à l'exploitation et à l'oppression des « non-humains » n'a rien à voir avec le fait d'être « ami des animaux ». Des amis des animaux, il y en a treize à la douzaine. Les restaurants avec viande à « gogo » en sont pleins. Les magasins de fourrure en sont remplis. Les dresseurs de cirque posent dans des attitudes affectueuses avec des animaux qu'ils ont dressés à coup de décharges électriques et d'aiguillons. Le chauffeur de poids lourds qui transporte des animaux vers les abattoirs à l'étranger et les laisse trois jours sans eau et sans nourriture jusqu'à ce qu'ils aient recours au cannibalisme, rentre vite chez lui vers sa femme et son chat. Le vivisectionniste, fatigué après une après-midi d'expérience sur un animal non anesthésié, rentre chez lui et caresse son chien...

Non, je n'aime pas particulièrement les animaux !

Je ne suis pas sûre que l'idée d'en avoir soit une bonne idée. Car le Battersea Dogs Home (S.P.A.) euthanasie cent chiens par semaine, chiens trouvés abandonnés dans les rues - abandonnés par des amis des animaux sans aucun doute. Les amis des animaux avoués sont habituellement des personnes très sensibles. Quand vous voulez leur montrer des photos de vivisection, ils répliquent invariablement : « Oh non ! Je ne pourrais pas regarder cela. Cela me bouleverserait. » Ils préfèrent ne pas savoir. On entend vaguement parler d'un homme qui connaissait un homme qui était allé visiter un abattoir une fois et qui ne put pas dormir pendant une semaine ou qui ne put plus manger de viande pendant quinze jours. Mais « c'est une expérience terrible, et je préférerais ne pas savoir. » Il est possible de visiter un abattoir. Il n'existe pas de pareille opportunité de visiter un laboratoire de vivisection. Les vivisectionnistes veillent à cela. Les laboratoires où les expériences sont faites sur animaux sont fermés à la police, à vos députés, aux représentants des ligues de protection animale, au public, aux amis des animaux, à tout le monde. Ainsi les animaux peuvent être empoisonnés, aveuglés, rendus fous, découpés en morceaux vivants et conscients, trépanés, battus, écrasés pour la satisfaction et la curiosité des vivisectionnistes. Le public n'est pas là pour voir.

À mes yeux, « amis des animaux » est un terme péjoratif, dégradant, auquel on se réfère comme on se réfère aux militants féministes. Cela sous-entend un penchant particulier pour un monde de fourrures douillettes et caressantes. Cela fait penser à une petite fille de livre d'images jetant des miettes de pain sur la neige pour nourrir les moineaux.

Non, les amis des animaux ne sont pas concernés. La libération de l'animal doit naître. Les personnes intéressées par le mouvement de libération animale ne possèdent pas forcément d'animaux. Nous ne leur parlons pas au travers des barreaux des cages. Nous n'achetons pas de photos de chatons sortant la tête d'une botte. Et nous ne proclamons jamais avec le sourire que nous sommes des amis des animaux, nous excusant par là de toute action pour combattre le chauvinisme humain qui est universel, sans fin et fait tellement partie de notre vie quotidienne que très peu de personnes ne le voient jamais.

Les animaux sont

la dernière des minorités,

De perpétuels Juifs

dans un perpétuel État nazi ;

De perpétuels noirs

dans une perpétuelle Afrique du Sud ;

De perpétuelles femmes

dans une perpétuelle Arabie polygame.