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CA n°42 – Carnivorisme éthique - mai 2019

Garder la viande pour mieux se débarrasser du meurtre ?

Rendre la pêche et l’élevage obsolètes : portrait d’une stratégie pragmatique

Résumé

L’agriculture cellulaire consiste à produire viande et poisson par culture de cellules plutôt que par élevage, pêche et abattage d’animaux. Cette biotechnologie, en complément des protéines végétales, semble avoir le potentiel nécessaire pour faire basculer le paradigme alimentaire mondial vers un modèle plus rationnel, moins violent et pour faciliter la diffusion de l’antispécisme. Je donnerai quelques raisons pour lesquelles il s’agit d’une stratégie prometteuse, car pragmatique et informée par les sciences comportementales. Je mentionnerai également quelques défis à surmonter pour l’adoption de cette biotechnologie. Nous verrons que ces défis sont loin d’être seulement techniques.

Peut-être l’humanité nouvelle, au lieu des chairs putréfiées auxquelles nous sommes accoutumés, aura des mélanges chimiques contenant plus de fer et de principes nutritifs que n’en contiennent le sang et la viande que nous absorbons. Eh bien, oui, je rêve, pour après le temps où tous auront du pain, le temps où la science sera le cordon bleu de l’humanité.

Louise Michel, Mémoires, chapitre 11

1. Un autre élevage est impossible

Les projections de la FAO (Food and Agriculture Organization) donnent le ton : en 2050, 2,3 fois plus de viande de volaille et entre 1,4 et 1,8 fois plus d'autres produits issus de l’élevage seront consommés qu'en 20101. Le développement de l’aquaculture est plus impressionnant encore. Cette forte augmentation est due à deux principaux facteurs : l’augmentation de la population mondiale (près de 10 milliards d’humain-e-s devront cohabiter en 2050) et les évolutions des modes de vie dans des pays très peuplés comme le Brésil, la Chine et l’Inde, qui tendent à adopter un régime fortement carné.

Les conséquences délétères de ce modèle alimentaire sont nombreuses et ne cessent d’être rappelées. De nombreux rapports scientifiques s’accordent à dire qu’un modèle agricole fondé sur l’élevage et la pêche ne sera capable ni d’assurer la sécurité alimentaire mondiale, ni de répondre à l’urgence de la crise environnementale2 (FAO, 2006 ; 2011 ; Springmann et al., 2018 ; Willett et al., 2019).

Évidemment, il n’y a pas que l’utilisation irrationnelle de nos ressources limitées qui est à dénoncer. La violence inouïe que représente le fait de mettre à mort, chaque année, des milliers de milliards d’êtres sentients qui ne veulent pas mourir relève d’un archaïsme éthique révoltant. De récents sondages commandés par le Sentience Institute (2017) et par l’association Tier im Fokus (2018) révèlent ainsi qu’une partie significative et grandissante de la population (américaine et suisse) est réceptive aux revendications animalistes pourtant radicales : 49% des adultes américains sont ainsi favorables à l'interdiction de l'élevage industriel, 47% à l'interdiction des abattoirs et 33% à l'interdiction de l'élevage, tandis que 17% de la population helvétique souhaite fermer tous les abattoirs en Suisse.

Parce qu’il est écologiquement absurde et éthiquement obsolète, des modifications majeures de notre système alimentaire sont nécessaires. Il nous faut explorer des solutions audacieuses, basculer dans un nouveau paradigme agricole. Passer à autre chose. Mais passer à quoi ?

1.1. Rendre la pêche et l’élevage obsolètes

Pour certain-e-s, le salut réside de toute évidence dans les protéines d’origine végétale. Parce que cette voie représente un raccourci rationnel du point de vue de l’utilisation des ressources, la communauté scientifique encourage l’adoption de régimes moins carnés. Il s’agit par ailleurs d’un modèle abouti vis-à-vis de l’exigence de justice à l’égard des autres animaux, en totale rupture avec l’idéologie carniste. Des substituts végétaux aux produits de la boucherie sont depuis longtemps déjà disponibles sur le marché : pourquoi ne pas tout simplement continuer à encourager leur adoption généralisée ?

Mais justement, il semblerait que cela ne soit pas si simple. La conquête des parts de marché de ces produits, certes en hausse (notamment grâce à des produits très convaincants proposés par Beyond Meat, Just Foods et Impossible Foods) reste modeste, insuffisante pour inverser ou même infléchir la trajectoire du paradigme alimentaire mondial. Le végétalisme, en légère progression dans les pays occidentaux, demeure une pratique marginale ne faisant pas le poids face à l’adoption fulgurante d’un régime riche en viandes et produits laitiers par les habitant-e-s des pays en développement. Étant donnée l'étendue des problèmes causés par l'industrie de l’exploitation animale et l’urgence à les résoudre, nous n’avons pas le luxe de tout miser sur une seule alternative (ici les protéines végétales). Il nous faut multiplier les sources de solution.

C’est ainsi qu’un écosystème grandissant composé d’acteurs variés considère désormais qu’une solution complémentaire au développement des protéines végétales réside dans l’agriculture cellulaire, c'est-à-dire dans le fait d’obtenir des produits animaux directement à partir de cellules plutôt qu’à partir d’individus sentients. Cette biotechnologie alimentaire vise à répondre à la demande grandissante en produits carnés (tendance dont on a vu qu’elle ne montrait aucun signe de ralentissement) mais sans les absurdités énergétiques et éthiques propres au paradigme alimentaire qui les produit actuellement. L’objectif visé par les partisans de l’agriculture cellulaire est d’en faire une technologie de rupture, c'est-à-dire de développer des produits compétitifs aux produits animaux traditionnels, au niveau du goût et de la qualité, et de rendre ces produits accessibles au plus grand nombre – par une large distribution à un prix similaire ou inférieur aux produits actuels. Une telle industrie, si elle venait à surmonter les nombreux défis techniques et politiques aujourd’hui sur sa route, aurait donc le potentiel de reconfigurer le marché de l’agroalimentaire, de rendre l’élevage et la pêche obsolètes. Le pari est audacieux. Attardons-nous un instant sur la technologie en elle-même avant d’explorer les raisons qui en font une stratégie prometteuse. Nous verrons ensuite les défis, de natures diverses, à son développement et adoption généralisée.

1.2. L’agriculture cellulaire

L’agriculture cellulaire est une application au secteur agroalimentaire de techniques et savoirs déjà maîtrisés en médecine régénérative et ingénierie tissulaire. Plutôt que d’élever, pêcher et tuer des animaux, il s’agit de cultiver et récolter de la viande et du poisson ex vivo (en dehors d’un corps animal). Pour cela, des cellules souches (encore indifférenciées) sont placées dans un liquide nutritif de croissance contenant acides aminés, glucides, acides gras (Specht, 2018). Avec un environnement adapté (notamment une température optimale) et par un système d'échafaudage comestible utilisé comme support, les cellules se multiplient et forment la matière consommable. Au niveau de la composition et du goût, la viande et le poisson de culture sont donc identiques à la chair issue d’animaux abattus (voire améliorés nutritionnellement en raison d’une marge de manœuvre accrue sur le processus de production)3. Rappelons qu’à terme, ces aliments cultivés seront produits non pas dans des laboratoires de recherche mais bien dans des infrastructures adaptées à la production alimentaire, de grands bioréacteurs. Il est même possible d’envisager une production artisanale de proximité, de la même façon que l’on trouve aujourd’hui des microbrasseries locales.

Si l’agriculture cellulaire doit encore compter sur plusieurs années de recherche et développement pour pouvoir concurrencer les produits conventionnels, elle est loin d’être seulement restée au stade spéculatif. Le premier burger à base de viande cultivée a été cuisiné et consommé en août 2013 lors d’une conférence de presse à Londres. C’est Mark Post, chercheur à l'université de Maastricht, qui est à l’origine de ce premier prototype. Depuis, les annonces se succèdent. La première boulette de viande cultivée a été cuisinée en janvier 2016, par Memphis Meat ; le premier nugget de poulet par Just et les premières croquettes de poissons par Finless Foods, en 2017. L’équipe de Shiok Meats travaille quant à elle sur la viande de crustacés (des raviolis aux crevettes cultivées ont été dégustés fin mars 2019). Afin de fixer les nécessaires règles de mise sur le marché de ces produits, un cadre réglementaire conjoint entre la FDA (lié au ministère de la Santé) et l’USDA (ministère de l’Agriculture) a été annoncé aux États-Unis en novembre 2018, puis formalisé en mars 2019. La commercialisation des produits cultivés n’est donc qu’une question de temps.

1.3. Questionnements dans le mouvement animaliste

L’agriculture cellulaire fait émerger un certain nombre de doutes et questionnements au sein du mouvement animaliste, parmi lesquels :

  • Pourquoi vouloir à tout prix garder la viande ? Avons-nous des raisons de penser que l’agriculture cellulaire, en ne remettant pas frontalement et fermement en cause la culture carniste (voire en la renforçant), représentera à terme un obstacle plutôt qu’une solution pour nous débarrasser de la pêche et de l’élevage ?
  • N’est-il pas « trop simple », naïf ou risqué de ne chercher qu’à substituer de la viande cultivée et végétale à la viande d’élevage, sans jamais confronter explicitement les individus au caractère injuste du spécisme ?
  • Que penser de ce « divorce ontologique » inédit entre viande et élevage ? Faut-il cesser de demander l’abolition de la viande, dans la mesure où la première prémisse qui fonde cette revendication ( « parce que la production de viande implique de tuer les animaux que l'on mange »4) est remise en question par les possibilités offertes par l’agriculture cellulaire ?

Nous souhaitons proposer un faisceau d’éléments permettant de mieux alimenter la réflexion sur ces sujets. Commençons par deux remarques :

  1. Les véganes ne constituent pas le public-cible de cette biotechnologie. L'agriculture cellulaire n'est pas destinée à celles et ceux qui sont déjà convaincu-e-s par les arguments antispécistes et qui se passent volontiers des produits issus de l’exploitation animale. Les personnes visées sont celles qui ne deviendront jamais véganes, pour diverses raisons plus ou moins complexes et légitimes. Ce sont notamment les habitant-e-s des pays en voie de carnisation massive. Évitons donc de simplement nous demander si l’agriculture cellulaire nous plaît ; demandons-nous plutôt si elle présente un potentiel pour ralentir la progression effrénée et mondiale du meurtre alimentaire.
  2. Nous n’avons pas besoin d’être convaincu-e-s que la viande de culture est « mieux » que les alternatives végétales pour vouloir qu’elle se développe. Dans le cadre de notre ambitieux projet de changement de paradigme alimentaire mondial, substituts végétaux et agriculture cellulaire sont complémentaires : ce sont deux types de protéines alternatives à l’élevage et à la pêche. Il faut élaborer les solutions en parallèle, lorsque les capacités et ressources du mouvement le permettent.

2. L’abolition de la viande : une erreur stratégique ?

Pourquoi vouloir garder le principe de la viande, alors que celle-ci rappelle la marchandisation des animaux non humains que nous essayons d’aider ?

2.1. La boucherie, cet invariant anthropologique

Les produits carnés occupent une place spéciale dans le cœur et le quotidien de la plupart des humain-e-s. Pour Florence Burgat, qui s’est interrogée sur les raisons et le devenir de L’Humanité carnivore (2017), cet attachement n’est pas tant lié à des considérations nutritionnelles ou pratiques mais plus fondamentalement au fait qu’en tant que manducation de « l’animal », la consommation de ces produits permet de maintenir en place une structure sacrificielle, un ordre spéciste du monde qui place les humain-e-s autour de la table et les animaux au centre de celle-ci. La saveur si appréciée des produits issus de la boucherie ne serait dès lors rien d’autre que celle de l’humanisme métaphysique, cette supériorité ontologique qui nous situe au sommet de la création. Que l’on souscrive ou non à cette explication structuraliste de notre attachement aux produits de la boucherie, il reste que celui-ci est motivé par divers facteurs culturels, psychosociaux, civilisationnels, dont nous ne pouvons nous débarrasser d’un revers de la main. Il est constitutif de nos identités sociales (d’espèce, de genre et de classe), participe d’un certain nombre de rituels (religieux, culturels et familiaux) liés à la convivialité, à la fête, à l’hospitalité. Pour la grande majorité de la population mondiale, un monde sans viande, poisson ou produits laitiers est tout simplement inconcevable. Nous l’avons vu, la tendance mondiale est plutôt à l’adoption rapide et enthousiaste de régimes davantage carnés5.

Des conséquences stratégiques doivent être tirées de ce constat. Si la plupart des gens n’ont pas prévu de changer leurs habitudes alimentaires et défendent leur appétit pour les produits animaux, nous devons prendre acte de cet appétit et organiser nos stratégies en fonction, plutôt que simplement l’ignorer ou le regretter. Évidemment, cet attachement aux produits animaux peut paraître bien trivial au regard de ce que subissent les individus qui les fournissent. Et en effet, cet attachement ne vaut pas la souffrance qu’elle implique, est éthiquement injustifiable. Mais le projet antispéciste est un projet de société qui ne se cantonne pas au royaume rationnel et logique des discussions éthiques. Il est aussi et surtout « socio-pratique », s’inscrit dans un contexte donné sur lequel nous avons une certaine marge de manœuvre, concerne des individus aux motivations irrationnelles, subtiles, contradictoires, et des comportements et institutions dont les chaînes causales sont complexes et multifactorielles.

Notre objectif est donc de réussir à ce que les individus consomment autre chose que des animaux morts, malgré le fait qu’ils ne se préoccupent guère de la souffrance animale (ou trop peu pour en tirer des conséquences pratiques) ; malgré le fait qu’en bon-ne-s humain-e-s, ils ne sont que semi-rationnels et peu enclins à changer leurs habitudes. Là réside le grand défi du changement de société que nous convoitons.

Une des pistes pour étendre le véganisme consiste à en baisser la barre d’accessibilité, à en faire le choix du moindre effort. En effet, si le « bon » choix implique trop de renoncements au niveau du plaisir, de la facilité, du prix, des habitudes, ou s’il est connoté socialement de telle façon qu’il ne résonne pas avec une identité sociale valorisante, nous pouvons être sûr-e-s qu’il ne sera adopté que par une frange restreinte de la population. À l’inverse, si nous voulons que les options les plus éthiques deviennent le choix par défaut, le choix majoritaire, la nouvelle norme, nous devons faire en sorte qu’elles soient pratiques, délicieuses, accessibles, désirables, évidentes. Il s’agit de minimiser, voire de faire disparaître, le coût que représente le changement d’habitude. C’est précisément sur cette approche que se fonde l’agriculture cellulaire : retirer les individus sentients de l’équation alimentaire sans passer par des changements dramatiques dans les habitudes de consommation, changements dont on sait qu’ils sont difficiles à susciter par la seule force des arguments rationnels et éthiques.

2.2. Garder la viande pour mieux se débarrasser du meurtre

Florence Burgat semble pleinement s’inscrire dans cette lecture pragmatique. Selon la philosophe en effet, pour nous débarrasser de la boucherie, il ne faut pas tant compter sur un sursaut éthique de l’humanité, sur une prise de conscience collective qui amènerait un renoncement sans concession au carnisme (ce qui semble s’opposer fortement à une « tendance innée »). Il faut plutôt investir la marge de manœuvre au sein de cette structure rigide, en substituant, subtilement, le sacrifice animal par un sacrifice symbolique. L’idée n’est pas de demander aux individus de changer leurs habitudes, d’être de bonne volonté et de faire des efforts (même si certains en sont capables et tant mieux), mais de leur donner ce qu’ils veulent, ce à quoi ils sont fortement attachés et qu’ils sont aujourd’hui en mesure d’obtenir par la pêche et l’élevage, tout en faisant en sorte qu’ils l’obtiennent désormais par un processus débarrassé des conséquences négatives que nous cherchons à combattre :

Plutôt que d’en appeler à l’avènement d’une humanité devenue bonne à la faveur d’on ne sait quelle métamorphose, il est en revanche possible d’envisager le devenir d’une structure où les viandes végétales (créations anciennes) ou encore les viandes produites in vitro (créations qui en sont encore au stade expérimental) se seront substituées à celles issues de la mise à mort, sans que les représentations de la viande aient forcément beaucoup changé. (Burgat, 2017, p. 392, souligné dans le texte)

Pour le dire autrement, si nous ne pouvons faire en sorte que l’humanité renonce au principe du sacrifice et de la viande, alors faisons en sorte que ce sacrifice soit symbolique et que cette viande soit cultivée. L’objectif est de rendre la viande inoffensive, bénigne6, qu’elle prenne la même direction que l’insuline, c'est-à-dire qu’elle soit produite autrement qu’à partir d’animaux tués. D’en faire « une solution pour le futur qui préserve les plaisirs d'aujourd'hui » (World Economic Forum, 2019, p. 18). De façon contre-intuitive donc, garder le principe de la viande (son goût, son aspect, son prix et son accessibilité) nous permettrait de mieux nous débarrasser du meurtre. Si la viande cultivée continue, dans un premier temps tout du moins, de s'inscrire dans une culture carniste, c’est peut-être là sa force : du fait de ce positionnement entre continuité (viande) et rupture (remplacer l’élevage), elle semble être une configuration propice à l’avènement d’une transition. Florence Burgat prévoit ainsi que « l’élevage s’effondrera… mais la viande restera » (L’Humanité carnivore, p. 375).

3. De l’importance du pragmatisme

Faut-il pour autant renoncer à la lutte idéologique, se retenir d’utiliser les arguments d’éthique animale simplement parce que les individus n’y sont pas réceptifs ? Non. Il est crucial de toujours garder à l’esprit que la lutte idéologique a un rôle considérable à jouer, que « la clarté idéologique est essentielle au succès politique »7. Maintenir un cap éthique dans notre communication reste décisif pour l’avènement d’un monde débarrassé du spécisme, un monde qui a étendu son cercle de considération morale à tous les êtres sentients (Reese, 2018a). La bataille des arguments peut et doit, dans certains contextes, jouer son rôle et exercer son influence. L’idée est plutôt de compléter la lutte idéologique par une démarche pragmatique, de construire une stratégie informée par ce que nous savons du fonctionnement du monde social.

Il faut garder à l’esprit qu’un système agricole mondial ne se réforme pas comme ça. Il ne suffit pas d’avoir raison et de le proclamer sur tous les toits pour changer la société. S’arc-bouter sur les arguments moraux et les raisonnements éthiques logiques, si la majorité des individus sont indifférents à cette rhétorique, revient à persister dans une approche rigide, motivée par la satisfaction de ses préférences idéologiques plutôt que par l’obtention de résultats concrets. Une société sans exploitation animale ne se décrète pas, elle s'organise, se construit pas à pas et se déploie sur le long terme. Soulignons également que l’organisation subtile d’un remplacement des produits issus de l’exploitation animale par des produits végétaux et cultivés, si elle doit être accompagnée et soutenue par de la lutte idéologique, en diffère grandement. Elle ne requiert pas tant des philosophes mais des ingénieur-e-s, des biologistes, des économistes, des sociologues, des expert-e-s en communication et en lobbyisme. C’est un travail d’équipe, multidisciplinaire, collaboratif et international, qui cherche à changer la société « de l’intérieur », le plus concrètement possible. Il faut être capable de repérer et d’exploiter les convergences d’intérêts entre acteurs et institutions idéologiquement diverses, parfois de faire des compromis. Les idéalistes grinceront des dents, mais le type d’activisme vers lequel nous sommes intuitivement porté-e-s (parce qu’il correspond à notre environnement politique et idéologique) n’est pas forcément celui dont les animaux ont le plus besoin.

Nous voulons sans doute répondre à un crime moral de l'ampleur de l'élevage par des mesures véhémentes et radicales. C'est ce qu'il mérite. Mais ce n'est pas nécessairement ce dont les animaux ont besoin. [...] Les animaux désespérés se fichent de notre pureté. (Reese, 2018b, p. 59-63).

À l’inverse, des initiatives telles que l’agriculture cellulaire, qui peuvent nous déplaire dans leur principe et ne pas résonner avec notre vision du monde et de la lutte, peuvent en fait s’avérer précieuses pour réduire le nombre d’animaux subissant la pêche et l’élevage, pour nous rapprocher de l’abolition de ces pratiques. Les apports de la psychologie sociale et des sciences cognitives semblent même indiquer qu’une démarche comportementale (qui cherche à susciter le changement en modulant l’environnement des individus plutôt qu’en partageant des informations et des arguments) a précisément le potentiel de favoriser le recul du spécisme, dans la mesure où elle permet de désamorcer le raisonnement motivé faisant obstacle à une pleine inclusion des non-humains dans notre cercle de considération morale. Voyons ce qu’il en est.

3.1. Une approche comportementale pour des gains idéologiques

Lorsque Burgat nous rappelle que nous faisons face à « une psyché qui n’est pas faite d’un bois tendre et docile auquel on peut imposer n’importe quelle forme » (2017, p. 395), il faut comprendre par là que les humain-e-s, à la fois produits de l’évolution et êtres sociaux, raisonnent et prennent des décisions selon des motifs plutôt rigides et donc prévisibles, souvent irrationnels mais pourtant répandus (ce sont les heuristiques de jugement et autres biais cognitifs). Bruce Friedrich, directeur exécutif du Good Food Institute, évoque lui aussi cette rigidité et en quoi elle devrait influencer la façon dont nous luttons pour un monde sans exploitation animale : « Il nous faut changer la viande, parce que nous ne changerons pas la nature humaine »8. Ces motifs récurrents, nous pouvons les découvrir et tenter de comprendre leur fonctionnement ; nous devrions le faire. Il s’agit d’outils à apprivoiser pour orienter au mieux notre lutte et augmenter notre impact. En tant que porteur-se-s d’un projet éthique et politique extrêmement ambitieux, nous ne pouvons nous passer de chercher à comprendre ces tendances communes qui influencent la façon dont les individus raisonnent et prennent des décisions. L’exigence d’efficacité implique en effet de sans cesse revenir au contexte ici et maintenant, de nous renseigner sur les fonctionnements sociaux et individuels qui y prennent place et sur lesquels nous voulons exercer une influence, de mobiliser les sciences pour construire une représentation la plus juste possible du monde, des acteurs qui y évoluent. Cela nous permet de mieux identifier les leviers crédibles et efficaces de changement.

3.2. Raisonnement motivé, consonance cognitive et imagination politique

Une de ces tendances cognitives récurrentes, importante à connaître lorsqu’on souhaite modifier les comportements alimentaires, est connue sous le nom de raisonnement motivé. Le raisonnement motivé émerge lorsqu’un besoin de cohérence entre deux parties de nous-même (par exemple entre nos actes et nos pensées, notre vie et notre vision du monde) se fait ressentir. La non-cohérence entre deux parties de nous-même entraîne en effet une friction désagréable, un sentiment d’inconfort : c’est la dissonance cognitive. L’enjeu, dès lors, est de rétablir à tout prix un récit capable d’incorporer, harmonieusement, nos croyances et actes pourtant discordants. Or, dans la mesure où il est, la plupart du temps, plus facile d’aligner ses valeurs sur ses comportements que de changer ses comportements pour les aligner avec les arguments et informations probants que nous croisons, nous avons une forte tendance à rationaliser nos actes : nous nous mentons à nous même sur nos raisons d’agir, nous construisons des fables idéologiques pour justifier l’ordre du monde et nos privilèges (pensez aux écrits de Jocelyne Porcher), nous légitimons nos actes par n’importe quel « argument » qui nous vient à l’esprit (pensez au cri de la carotte).

Ce raisonnement motivé est l’une des raisons pour lesquelles les individus ont tant de mal à endosser l’antispécisme. Des études en psychologie sociale montrent en effet que plus un animal est appréhendé sous un angle utilitaire (par exemple, s’il s’agit d’un animal d’élevage et que nous apprécions le potentiel gustatif de sa viande), moins nous sommes porté-e-s à lui reconnaître des capacités cognitives développées ou la simple capacité à pouvoir ressentir la souffrance. Ce mécanisme de déni présente en effet l’avantage de soulager la dissonance cognitive propre au paradoxe de la viande, de « réconcilier » ce qui serait, sinon, trop violent à supporter (ma participation au massacre organisé et continu de milliers de milliards d’individus sentients !) :

Beaucoup de gens aiment manger de la viande, mais la plupart sont peu enclins à causer du tort à des êtres conscients. [...] cette dissonance motive les gens à dénier tout esprit aux animaux. (Bastian, Loughnan, Haslam et Radke, 2012).

Les mangeurs de viande sont susceptibles de résoudre la tension propre au paradoxe de la viande en réduisant la valeur ou le statut moral qu'ils accordent aux animaux. Si les animaux sont dépourvus de statut moral, alors les tuer n'est pas un enjeu moral et manger de la viande n'est pas moralement problématique. La recherche en psychologie montre clairement que les individus tracent les limites de leur cercle moral de façon motivée plutôt qu'absolue. (Loughnan, Haslam et Bastian, 2010, p. 157)

Pour le dire autrement, nous « démentalisons » (Gibert, 2015, p. 122) celles et ceux que nous utilisons et dont nous tirons des bénéfices matériels. Cela nous permet de ne pas remettre en question nos habitudes, ni l’ordre du monde qu’elles participent à reproduire (la remise en question est un processus pénible, coûteux cognitivement et socialement9). Ce mécanisme cognitif, appréhendé sous l’angle de la sociologie critique, peut être vu comme un moyen de légitimer les rapports de pouvoir et donc de conforter l’ordre hiérarchique du monde. C’est cette lecture du monde social que proposent les féministes matérialistes :

Le fait d'être traitée matériellement comme une chose fait que vous êtes aussi dans le domaine mental considérée comme une chose. De plus, une vue très utilitariste (une vue qui considère en vous l'outil) est associée à l'appropriation : un objet est toujours à sa place et ce à quoi il sert, il y servira toujours. C'est sa nature. (Guillaumin, 1978, p. 5)

La position dominante conduit à voir les appropriés comme de la matière, et une matière pourvue de diverses caractéristiques spontanées. [...] L'aspect idéologique du conflit pratique, entre dominants et dominés, entre appropriateurs et appropriés, porte justement sur la conscience. Les dominants en général nient la conscience des appropriés et la leur dénient justement pour autant qu'ils les tiennent pour des choses. (Guillaumin, 1978, p. 9)

Nous trouvons une analyse similaire chez Florence Burgat :

Cette réification finit par modifier en retour notre conception ontologique des animaux. S’ils sont légalement traités comme des choses, c’est qu’ils sont probablement des choses, en vient-on à penser, et que toute autre vue est le fruit de l’anthropomorphisme. (Burgat, 2018, p. 24)

Que nous apporte la connaissance de ce fonctionnement cognitif quasi universel qu’est la rationalisation ? Que si nous voulons que les personnes aient moins de difficultés à reconnaître les animaux comme des individus méritant une pleine considération morale et politique, ou pour le dire autrement, si nous voulons multiplier et étendre les gains idéologiques, il faut trouver des façons de désamorcer le raisonnement motivé. Pour cela, il nous faut faire en sorte que, très concrètement, le quotidien des individus dépende le moins possible de l’exploitation animale. Comme le souligne très justement Jeff Sebo (2018) : « plus les gens acquièrent de l'indépendance vis-à-vis des systèmes destructeurs, plus ils sont disposés à voir ces systèmes tels qu'ils sont ». Plus les alternatives à l’exploitation animale seront accessibles, deviendront la norme, plus les thèses antispécistes rencontreront un écho et seront acceptées. Plus il sera facile de s'affranchir des produits issus de l'exploitation animale, moins l’antispécisme paraîtra farfelu et difficile à endosser, à assumer, à défendre. Le développement de l’agriculture cellulaire s’inscrit pleinement dans cette approche comportementale10 : en proposant un produit qui ne bouscule pas les habitudes des consommateurs mais qui est affranchi de l’exploitation animale, l’objectif est de multiplier les occasions de consonance cognitive entre notre goût pour la viande (notre attachement à la structure sacrificielle, comme dirait Burgat) et notre empathie pour ce que ressentent les individus d’autres espèces. Elle nous « libère » d’un système de justification idéologique néfaste, celui qui nous enferme dans une vision erronée, tronquée, spéciste, qui nous empêche, cognitivement, de changer notre vision des animaux et du monde.

Une telle approche comportementale peut donc jouer un rôle de « facilitatrice idéologique » au niveau de la psyché individuelle. Le potentiel réside aussi – et c’est lié – à un niveau social plus large, de par le déploiement d’imagination politique qu’elle permet. En effet, pour que notre monde ne soit plus celui de l'élevage, de la pêche et des abattoirs, pour que nous puissions ne serait-ce qu’envisager une société fondée sur des relations différentes, pacifiées et égalitaires avec les autres animaux, il faut qu’un modèle alternatif concret et crédible soit disponible. Sans ce support matériel, les beaux discours se heurtent à un ordre du monde qui ne leur laisse aucune place, ou une petite place dédiée et inoffensive : la marge. Il ne faut donc pas seulement présenter et défendre des idées éthiques, mais aussi mettre en place des infrastructures capables de soutenir ces idées, de les rendre audibles et crédibles. Ainsi pour Jacy Reese, auteur de The End of Animal Farming (2018b), l’enjeu actuel consiste à compléter le pourquoi (les raisonnements éthiques, la lutte idéologique) par beaucoup de comment (le développement et la mise en place concrète d’alternatives compétitives susceptibles de rendre l’exploitation animale obsolète) et donc, à diriger davantage de nos ressources militantes vers ce comment (Reese, 2018b, p. 123). Il y a de la place pour ce type d’activisme et si nous n’investissons pas davantage cet espace, nous risquons une stagnation voire une régression des gains idéologiques.

Les défenseurs de l’agriculture cellulaire misent donc sur le potentiel d’une approche pragmatique et comportementale selon laquelle les changements de comportements facilitent les changements d’opinion. C’est la raison pour laquelle il est permis de penser qu’une approche stratégique pragmatique, loin de reléguer aux oubliettes de notre lutte la clarté idéologique et les raisonnements éthiques, leur aménage une plus grande place (dans les cerveaux et dans la culture), permet de démultiplier leur adoption et leur influence.

4. Organiser la transition : plusieurs étapes et défis

Malgré ce potentiel, l’agriculture cellulaire n’est pas une solution clé en main. Changer les comportements alimentaires est un projet incroyablement complexe. Nous avons vu que les raisons pour lesquelles les individus persistent dans la consommation des produits de la pêche et de la boucherie – malgré les nombreux éléments rationnels et éthiques pour y mettre fin – sont nombreuses, rigides, subtiles et parfois contradictoires. Nous ne sommes d’ailleurs pas les premières à être confrontées à cette complexité : les gouvernements le sont également lorsqu’ils tentent de mettre en place des campagnes publiques pour favoriser les comportements pro-sociaux, pro-santé et pro-environnementaux. Pour opérer la transition, nous devons donc accompagner la technologie d’une stratégie multidimensionnelle, capable de gérer au mieux les défis qui peuvent freiner voire enrayer sa mise en place.

Les enseignements offerts par la recherche scientifique constituent dès lors un atout important. Des disciplines comme l’économie comportementale, la psychologie et la sociologie de la consommation nous permettent de mieux comprendre ce qui influence, motive ou inhibe les comportements d’achat :

Acheter de la nourriture au supermarché ou commander dans son restaurant préféré fait appel à des processus décisionnels profondément routiniers et subconscients. Les consommateurs ont tendance à se fier à la routine. Il est rare qu'ils remarquent de nouvelles informations et s'en souviennent, et encore plus qu'ils agissent en fonction de celles-ci. Quand il s'agit de nourriture, beaucoup de gens prennent des décisions d'achat en mode pilote automatique. Il n'est donc pas surprenant que les efforts déployés par le passé par les gouvernements et les ONG pour encourager les régimes végétaux, qui étaient en grande partie axés sur les campagnes d'information, n'aient pas incité beaucoup de gens à changer leur régime alimentaire. Un ensemble plus large de stratégies ciblant la façon dont les clients prennent réellement leurs décisions d'achat peut se révéler plus efficace. (World Resources Institute, 2016)

Comprendre les rouages de ce mode pilote automatique, reconnaître les raccourcis mentaux qui dirigent les choix des consommateurs sont autant d’informations précieuses pour mieux calibrer nos stratégies (Marteau, 2017). Par exemple, il n’est pas sans intérêt de savoir que les choix de consommation alimentaire sont largement déterminés par les trois facteurs suivants : le goût, le prix et la commodité. Ces trois facteurs, tout terre-à-terre qu’ils soient, dominent largement les actes d’achat, souvent même de façon inconsciente11. Ils peuvent certes être exacerbés (ou contrés) par l’exposition à des contenus publicitaires et les appartenances de classe (genre, âge, classe sociale) mais de façon générale, nous avons tendance à préserver habitudes, facilité, plaisirs connus ainsi qu’une certaine cohésion et conformité sociale.

Un bon exemple de mobilisation à visée pratique de ces connaissances scientifiques est le Better Buying Lab, groupe de recherche lancé en 2016 par le World Resources Institute. En se fondant sur les acquis de la recherche, le Better Buying Lab a abouti à une « roue du changement » (shift wheel), modèle stratégique composé de quatre principes sous-divisés en douze mesures concrètes qui, mises en œuvre ensemble, maximisent les chances de faire basculer les comportements d’achats alimentaires (ces éléments pouvant tout à fait être mis à profit pour des ambitions pro-animalistes) (Ranganathan et al., 2016) :

  • Minimiser la friction que représente le changement d’habitude en proposant des produits qui se rapprochent des versions traditionnelles (au niveau du goût, de l’aspect, de la méthode de préparation mais aussi de l’emballage et de l’emplacement dans les rayons) ;
  • Apporter un avantage concret, comme un prix plus bas ou un bénéfice nutritionnel ;
  • Maximiser la visibilité du produit, en le rendant disponible et facilement mémorisable ;
  • Faire évoluer les normes sociales et culturelles, pour stigmatiser l’ancien produit et rendre le nouveau produit socialement désirable (notamment par des campagnes d’information et d’éducation).

4.1. Recherche et développement

Des progrès dans la qualité et l’attrait sensoriel doivent être réalisés pour que les produits de l’agriculture cellulaire soient aussi satisfaisants et appétissants que les produits conventionnels qu’ils cherchent à remplacer. Il faut également développer de meilleurs milieux nutritifs pour nourrir les cellules, mettre au point des bioréacteurs pour produire de la viande et du poisson cultivés à grande échelle... Les progrès dans l’attractivité devront également être accompagnés d’une réduction des prix de vente et donc des coûts de production, ainsi que d’une stratégie de distribution capable de répondre à la demande.

Comme toute innovation technologique, des financements en recherche et développement seront nécessaires pour améliorer le processus de fabrication et aboutir à des économies d'échelle. Un scénario optimiste pourrait consister à ce que les avantages environnementaux et sanitaires de l’agriculture cellulaire amènent les gouvernements à prendre des mesures économiques pour favoriser son introduction sur le marché. Ils pourraient d’un côté réduire le coût de production des produits issus de l’agriculture cellulaire (en subventionnant les recherches et le développement) et de l’autre, rendre les produits issus de la pêche et de l’élevage moins accessibles et rentables (ce qu’ils sont aujourd’hui de façon « artificielle » via les subventions), tout en facilitant la reconversion des agriculteurs qui dépendent actuellement de ces secteurs vers de nouvelles formes d’activité économique.

Ces mesures d’incitations et de sanctions économiques (notamment fiscales, par la mise en place d’une taxation de la viande) peuvent grandement faciliter la transition vers un monde post-élevage et post-pêche. Sur la question du soutien économique, soulignons également le rôle joué par certains géants de l’agroalimentaire qui repèrent le potentiel de développement de l’agriculture cellulaire et investissent dans le secteur. Tyson (qui se définit volontiers comme producteur de protéines plutôt que comme producteur de chair animale), Cargill et Bell ont chacun investi, au cours des dernières années, dans des entreprises de protéines alternatives (végétales et cultivées). Si de nombreux animalistes dénoncent une hypocrisie et un risque (cet intérêt soudain pour les protéines alternatives, plutôt que de s’inscrire dans une démarche de transition, pourrait représenter une opportunité pour le secteur de la viande de se diversifier et donc d’assurer son maintien dans le temps12), d’autres considèrent que dans la mesure où ces géants ont les infrastructures, l’expertise et l’expérience pour organiser le succès en matière de production et de distribution, ils peuvent faire une grande différence dans le déclin de l’élevage et de la pêche : « les enseignements des industries de l’agroalimentaire et de la vente pourraient s'avérer extrêmement précieux pour rendre notre communication plus percutante ; l'aide potentielle que ces industries pourraient apporter en vue d’atteindre les objectifs sociétaux relatifs à l’alimentation est largement sous-estimée » (World Economic Forum, 2019, p. 22). Si ce sont eux qui tiennent actuellement les rennes du système alimentaire mondial, il serait naïf de simplement vouloir qu’ils « disparaissent ». Peut-être faut-il au contraire mesurer le potentiel de leur participation au développement d’industries alternatives à la pêche et à l’élevage. C’est en tout cas ce que pense Charles Godfray, directeur du programme sur le futur de l’alimentation de l’Oxford Martin School, pour qui « il est peu probable que les protéines alternatives atteignent leur plein potentiel si nous ne faisons pas appel à l'expertise du secteur des protéines traditionnelles en matière de production et de distribution » (World Economic Forum, 2019).

4.2. Acceptation sociale : un enjeu crucial

Savoir si les produits de l’agriculture cellulaire atteindront la compétitivité indispensable à leur succès est une chose, mais cette question doit s’inscrire dans une réflexion plus globale prenant en compte l’influence (qui peut se transformer en droit de véto) des ONG et syndicats, du monde rural, des décideur-se-s politiques, des médias, etc. Ces acteurs variés, s’ils ne partagent pas nécessairement les méthodes des scientifiques ou les motivations des militant-e- s animalistes, auront cependant une influence majeure sur l’acceptation ou le rejet de cette biotechnologie. Dès lors, comment aménager un soutien délibéré et continu de l’agriculture cellulaire ? Quel type d’environnement politique, économique, culturel et réglementaire sera susceptible de favoriser l’adoption généralisée des produits cultivés ?

4.2.1. Considérations terminologiques et identitaires

Les façons de présenter l’agriculture cellulaire et de nommer les produits cultivés sont autant d’occasions de normaliser ou de marginaliser la technologie émergente. En fonction des termes et connotations employés, les produits issus de l’agriculture cellulaire paraîtront familiers et dignes de confiance ou au contraire répugnants, dangereux. Cet enjeu de définition semble actuellement constituer le premier champ de bataille, le principal nœud de tension et de désaccord. Confrontées au succès grandissant des alternatives aux produits issus de la boucherie, les filières viande ont ainsi entamé des démarches offensives rendant plus restrictive l’utilisation des termes comme « steak » ou « lait », en vue de compliquer la mise sur le marché et l’acceptation sociale de ces alternatives. La US Cattlemen’s Association (USCA) a déposé en février 2018 une requête au ministère de l’Agriculture (USDA) demandant à ce que les produits non issus de la « méthode traditionnelle » (l’élevage et l’abattage d’animaux) ne puissent être qualifiés de « bœuf » ou de « viande » (USDA, 2018). La logique sous-jacente est que ce qui est appelé viande doit être défini par son origine traditionnelle (et donc venir de la carcasse d’un animal abattu), tout ce qui est produit différemment devant être considéré comme une imitation, une tromperie pour les consommateurs.

Dans le même ordre d’idée, une législation sur l'appellation des aliments a été votée récemment par la Commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen, interdisant aux produits végétariens d’utiliser la nomenclature liée aux produits carnés (viande, saucisse, burger, escalope…). Appellation suggérée pour remplacer « burger » : le « disque végétarien » (et bon appétit !). Remarquons ici que l’enjeu de ces démarches réglementaires est précisément de contrer le principe d’équivalence dont le potentiel avait été repéré par Florence Burgat, principe dont nous avons vu qu’il permettait d’organiser subtilement le passage du sacrifice réel au sacrifice symbolique.

Nous avons donc affaire à une bataille linguistique et idéologique pour imposer tel ou tel terme et son champ lexical associé. Les opposant-e-s à l’agriculture cellulaire ont largement recours au lexique de l'artificiel, de l'in vitro, du synthétique. Ils entretiennent le yuck factor (le « facteur beurk ») en utilisant des termes peu appétissants comme viande de synthèse, « fausse viande » ou frankenmeat. A l’inverse, le succès de l’agriculture cellulaire dépend fortement de l’idée selon laquelle le composant fondamental de la viande n’est pas tant l’animal que la cellule et que les produits de l’agriculture cellulaire peuvent donc légitimement se réclamer des dénominations classiques.

Soulignons que cet enjeu de redéfinition a également des implications religieuses, puisque selon que nous définissons la viande par sa méthode de production ou par le résultat final, celle produite par agriculture cellulaire sera considérée parvé ou non, casher ou non13.

4.2.2. Panique morale et journalisme d’insinuation

Les conflits idéologiques ne s’arrêtent pas à la frontière linguistique. Pour les innovations biotechnologiques comme pour d’autres domaines, les discussions sont colorées par des valeurs et croyances qui dépassent largement le domaine des consensus scientifiques et de la rationalité14. Dans le cas des biotechnologies alimentaires alternatives à l’élevage, nous avons par exemple affaire à la construction d’un discours alternatif qui se nourrit de la méfiance envers tout ce qui paraît un peu trop nord-américain et pas assez « naturel ». En France, certain-e-s cultivent grassement cette rhétorique de la panique morale pour dépeindre l’agriculture cellulaire comme un projet impérialiste orchestré par des milliardaires cyniques depuis la côte ouest des États-Unis. Cet extrait de tribune parue dans Libération en mars 2018 en donne un exemple frappant :

Le grand danger de ce début du XXIe siècle est bien l’invention d’une agriculture sans élevage. On ne compte plus les investissements et brevets déposés pour produire de la « viande » en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc ou produire du lait et des œufs à partir de levures OGM. Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se recrutent au sein des grandes firmes (Gafa, milliardaires et fonds d’investissements puissants). Les premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant que soient commercialisés avant dix ans de « vrais-faux » morceaux produits in vitro. Des amas de protéines qui auront poussé à grands jets d’hormones pour favoriser la croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations15.

Plus récemment, en janvier 2019, Paul Ariès répondait aux questions du Figaro dans un article au titre évocateur : « Le véganisme est le cheval de Troie des biotechnologies alimentaires ». Deux mois plus tard, dans Le Monde, Jocelyne Porcher signait une tribune au ton pour le moins alarmiste, qualifiant la viande de culture de « poison alimentaire, social, écologique et intellectuel ».

Ces rhétoriques simplistes (à saveur complotiste) sont saillantes à l’esprit, séduisantes, ce qui les rend faciles à retenir et à diffuser – surtout dans la mesure où elles viennent confirmer des a priori naturalistes fortement répandus en France, territoire antivax16 et anthroposophe s’il en est. Tous ces éléments, typique du journalisme d’insinuation, forment un terreau fertile pour une crise de confiance. Il est important de nous en soucier : la réputation de l’agriculture cellulaire n’est pas encore faite mais elle est déjà fragile. La façon dont la technologie sera appréhendée et accueillie dans les prochaines années jouera un rôle déterminant pour sa trajectoire future. L’opinion de la société civile peut rapidement s’installer et rester ancrée, déterminer les attitudes à l’égard du sujet pour les années voire décennies à venir. Une crise de confiance autour de l’agriculture cellulaire, à son stade embryonnaire actuel, pourrait signer son arrêt de mort ou du moins une mise en veille prolongée de son développement.

4.2.3. Spirale de l’inquiétude

Afin d’anticiper et de prévenir dans la mesure du possible ce scénario, il peut être utile de se renseigner sur la façon dont d’autres (bio)technologies ont été reçues par le public et la sphère politique, ainsi que sur le rôle joué par les médias dans cette réception. Pour les organismes génétiquement modifiés par exemple, il semblerait que les réticences des consommateurs européens étaient en partie dus au fait que « manipuler les gènes semble risqué, de grandes multinationales sont impliquées et l’alimentation génétiquement modifiée ne semble ni plus savoureuse ni plus sûre » (Mohorcich, 2018, p. 18-19). Les utilisations agroalimentaires des technologies OGM étaient perçues comme imposées par des multinationales souhaitant faire du profit sur le dos de la santé des consommateurs et de la « nature ». De telles peurs, lorsqu’elles sont reprises et amplifiées par les médias, peuvent même motiver des mesures législatives en décalage avec les évaluations scientifiques des risques sanitaires, et rendre plus difficile (voire empêcher) la commercialisation de ces produits. Se met en effet en place une spirale de l’inquiétude, concept introduit par le juriste américain Stephen Breyer (1995) pour désigner la situation par laquelle « une mesure de protection sans justification scientifique, loin de calmer les inquiétudes, ne fait que les renforcer et appelle à de nouvelles mesures »17. En alimentant une couverture médiatique ambiguë, les mesures réglementaires trop préventives peuvent ainsi accentuer les inquiétudes plutôt que les lever, en renforçant l’idée que le sujet est controversé quand bien même il existe un consensus scientifique sur l’innocuité ou la dimension contrôlée des risques. Aux États-Unis, des denrées OGM ont ainsi été mises au ban du marché lorsque des enseignes de supermarchés ont pris la décision de ne plus les distribuer (suivant un principe de précaution exacerbé par l’angoisse irrationnelle des consommateurs)18. Dans ces cas-là, un effet domino se met en place : les distributeurs étant généralement très compétitifs et attentifs à leur image, si une enseigne annonce qu’elle cesse de distribuer un certain type de produit, les enseignes concurrentes ont une forte incitation à suivre le mouvement.

Couverture du 1er novembre 1996 de Libération, qui témoigne d’un amalgame
entre la crise de la vache folle et l’arrivée de soja OGM en Europe.

Une communication mal maîtrisée ou la sortie d’études fumeuses, simplifiées ou amplifiées par les médias, peuvent donc instaurer un moratoire politique et/ou social de longue durée. Toujours dans le cas des biotechnologies en génie génétique, le sujet est pris très au sérieux et des études sont menées pour comprendre comment prévenir au mieux l’imposition d’un cadre de lecture fondé sur la suspicion (McPhetres et al., 2019). L’International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAA) recommande à cet égard de construire une démarche globale de transparence, d’ouverture et de dialogue, démarche dont les partisans de l’agriculture cellulaire pourraient s’inspirer à profit (ISAAA, 2016 ; 2018) :

  • Informer et éduquer les acteurs à tous niveaux (de la société civile aux décideurs politiques) par des messages clairs et factuels. Adapter les contenus à ces différents acteurs pour en faciliter la bonne compréhension, en soulignant les bénéfices particuliers que la technologie peut leur apporter ;
  • Cultiver une démarche d’ouverture et de transparence vis-à-vis des détracteurs, les inviter à débattre sur des éléments factuels ;
  • Rechercher le support d’institutions publiques, de décideurs politiques, de scientifiques, éventuellement de personnalités informées et crédibles ;
  • Bâtir des relations positives et transparentes avec les médias, ne pas attendre les crises de confiance mais les prévenir en communiquant activement avec les journalistes. Il est préférable d’anticiper et de construire l’agenda médiatique plutôt que de subir les controverses, de n’exister médiatiquement que sur un mode défensif.

4.3. Pour une transition juste

Un autre ingrédient pour une transition réussie consiste à ne pas négliger la gestion des tensions sociales et des doutes économiques suscités par la perspective d’un basculement de paradigme alimentaire. Un tel basculement implique en effet une réorganisation majeure du secteur alimentaire (changement d'acteurs, nouveaux circuits économiques, reconversions professionnelles, nouvelles utilisations des ressources, nouvelles normes culturelles au sujet des relations humains/animaux, etc.). Or, ce sont actuellement des millions de personnes à travers le monde, surtout dans les pays pauvres, qui dépendent de l’élevage, de la pêche et de l’aquaculture pour leur survie (que ce soit pour leur assurer un revenu ou un apport suffisant et diversifié en nutriments). Il faut garder à l’esprit que tout changement majeur dans la production et la consommation alimentaires aurait un impact profond sur ces individus, communautés et régions. Nous manquons encore d’une stratégie agricole capable d’anticiper et de prévoir à moyen et long terme les conséquences d’un large développement de l’agriculture cellulaire, notamment sur les populations les plus vulnérables. Négliger ces aspects de justice sociale, ne pas maintenir des opportunités économiques de qualité pour tou-te-s, c’est risquer de s’aliéner une partie importante de la population et de perdre un soutien politique important :

Dans le débat sur les substituts à la viande et la nécessité de réduire la consommation mondiale de viande, il est très important de veiller à ce qu'aucune politique n'ait d'effet négatif sur la santé ou les moyens de subsistance des groupes les plus pauvres et les plus défavorisés du monde qui dépendent de la viande et de l’élevage. [...] Le soutien du public en faveur des protéines alternatives disparaîtra très probablement si les coûts sociaux de leur adoption sont jugés trop élevés. (World Economic Forum, 2019, p. 7)

Cet enjeu de la transition juste fait déjà l’objet de discussions dans le cadre de la transition énergétique (Elliott, 2019) :

La prise en compte de la dimension sociale de la transition vers une économie peu émettrice de carbone est cruciale pour que les changements qui s'opèrent soient bien accueillis par la société. Les politiques publiques de réduction des émissions se heurteront à une résistance sociale et à des risques politiques importants pour les gouvernements qui les mettent en œuvre si elles ne s'accompagnent pas de programmes de sécurité sociale pour les travailleurs dont l'emploi sera perdu ou transformé. Pour ces raisons, l'enjeu d'une transition juste est crucial pour les gouvernements, les partenaires sociaux et les organisations de la société civile. [...] Sur le long terme, la mise en œuvre d'une transformation solidaire contribuera à susciter et à maintenir le soutien du public aux politiques de réduction des émissions de carbone. Cela permettra leur mise en œuvre réussie, ce qui est une condition nécessaire à la réalisation des objectifs climatiques mondiaux. (COP24, 2018)

Ainsi, plutôt que d’alimenter une spirale dépréciative des individus qui dépendent des industries que nous cherchons à dépasser (cet « agribashing », terme renvoyant à un vécu que nous devrions reconnaître et prendre au sérieux), essayons plutôt de bâtir des possibilités concrètes, un avenir commun, des «  communautés de pratiques » :

Les communautés de pratiques désignent des groupes d’acteurs aux intérêts et identités différenciées qui travaillent ensemble à la résolution de problèmes partagés (Wenger, 2005). [...] En développant des communautés de pratiques autour de la préservation de biens communs, on casse le cloisonnement qui isole les agriculteurs sur leurs exploitations et on enclenche une dynamique sociale d’apprentissage et de progrès. Les identités se transforment, la polarisation s’estompe. (Roulet et Valiorgue, 2019)

Il faut que l’ensemble des acteurs du monde social puisse se projeter dans un avenir sans élevage et sans pêche, sans quoi notre projet ne sera pas crédible et les oppositions politiques seront féroces : « l'acceptation d'une technologie ne repose pas seulement sur sa fiabilité technique ; il faut aussi qu’elle soit perçue comme socialement, politiquement et économiquement viable du point de vue de différents groupes » (ISAAA, 2015). Nous ne pouvons d’ailleurs nous contenter de réponses et propositions simplistes ; des expert-e-s en politiques publiques devront être mobilisé-e-s pour que la transition juste ne soit pas qu’un vœu pieu. En Europe, une démarche concrète en ce sens pourrait consister à inscrire le projet de développement de l’agriculture cellulaire dans les politiques publiques européennes, par exemple dans la PAC (politique agricole commune, initiée en 1962).

5. Conclusion

Le système alimentaire actuel, dépendant de la pêche et de l’élevage, peut être qualifié d’archaïsme écologique et éthique. Son développement effréné est un véritable scénario catastrophe en termes de production de souffrances. Si nous voulons passer à un autre modèle, il faut explorer les moyens de le rendre obsolète culturellement, économiquement et politiquement.

Nous sommes néanmoins dans une situation où une part importante des individus, bien que sensible au sort des animaux, est attachée aux produits issus de leur exploitation et souhaite continuer à en consommer. Il ne suffit pas de dénoncer une hypocrisie, une incohérence ou même une volonté de nuire pour résoudre ces comportements néfastes. Il s’agit de tendances rigides contre lesquelles nous n'avons pas de formule magique (pas même « go vegan »). Des explications à ces contradictions apparentes existent, au carrefour de la psychologie, de l’économie et de la sociologie. Il semble ainsi que les individus ne consomment pas des produits d’origine animale pour faire du tort aux animaux, mais qu’ils en consomment principalement parce que c'est bon, disponible et peu onéreux. A nous de nous saisir de ces connaissances et d’en tirer les conséquences susceptibles d’informer au mieux nos stratégies.

Ainsi, l'agriculture cellulaire, plutôt que de se positionner en opposition frontale avec les fonctionnements et préférences des individus, s'y adapte, « fait avec », trouve un moyen d’en profiter. En raison de son potentiel de désamorçage de la dissonance cognitive, elle semble avoir la capacité de nous rapprocher d’un monde où les thèses antispécistes seront mieux acceptées. L’idée est que la lutte idéologique à elle seule ne pourra nous débarrasser de l’exploitation animale ; qu’un potentiel stratégique considérable, encore sous-exploité, repose sur une approche pragmatique de développement concret d’alternatives compétitives. Rappelons toutefois que si l'innovation techno-scientifique peut parfois faciliter et accélérer les progrès éthiques, elle doit être accompagnée de discussions et délibérations collectives. Il ne faut pas simplement compter sur le développement de technologies alternatives, mais également veiller à l’avancement de l’expansion du cercle de considération morale19. La transition se doit également d’être juste, c'est-à-dire inclusive et démocratique, soutenue et organisée politiquement.

Nous avons voulu éviter de condamner a priori et par principe une biotechnologie émergente dont il est encore difficile de visualiser les effets et la trajectoire futures. L’avenir de l’agriculture cellulaire n’est pas clairement visible, nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour dire si cette technologie enclenchera un véritable processus de remplacement des produits issus de l’exploitation animale. Une chose est sûre, elle ne s’imposera pas d’elle même si nous ne levons pas les obstacles mentionnés dans cet article.

Bibliographie

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  • Breyer, Breaking the vicious circle: Toward effective risk regulation, Harvard University Press, 1995.
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  • Reese, The End of Animal Farming, Beacon Press, 2018b.
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  • Springmann et al., « Options for keeping the food system within environmental limits », Nature, 562, 519–525, 2018.
  • Sebo, « The ethics and politics of plant-based and cultured meat », Les ateliers de l’éthique, 13(1), 159-183, 2018.
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  • World Economic Forum, « Meat: the Future series. Alternative Proteins », 2019.
  • World Economic Forum, « Meat: the Future series. Options for the Livestock Sector in Developing and Emerging Economies to 2030 and Beyond », 2019.

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Notes

  1. FAO, « World Livestock 2011 – Livestock in food security », 2011, p. 78.
  2. Certain-e-s défendent l’idée selon laquelle l’élevage reste un modèle agricole dont on ne peut se passer, notamment en raison de son rôle dans l’entretien des paysages et territoires et la valorisation des coproduits agricoles (voir par exemple le panel « La consommation de viande est-elle antagoniste du développement durable ? » organisé en 2019 à l’Académie d’Agriculture de France). Nous pensons néanmoins que ces fonctions peuvent et devraient être remplies via d’autres modèles que l’élevage et l’abattage d’animaux. Des solutions économiques restent certes à trouver et à développer, en consultation et collaboration avec les communautés rurales concernées.
  3. Pour une explication en profondeur de la science derrière l’agriculture cellulaire, prendre connaissance de la série « A comprehensive series on the science behind cell-based meat » sur reddit.
  4. « Résolution pour l'abolition de la viande », 2006. À retrouver sur le site du Mouvement mondial pour l’abolition de la viande (abolitionblog.blogspot.com).
  5. Exemple parmi bien d’autres, le programme Hatching Hope initié par Cargill et l’ONG Keifer en mars 2019, visant à développer l’élevage de poules pondeuses et de poulets de chair dans les pays en développement. Mais cette tendance ne concerne pas seulement les pays en développement. L’augmentation de la consommation de viande se fait également sentir dans les pays occidentaux (voir « La consommation de viande a ré-augmenté en 2018 en France », Libération, 4 avril 2019). De façon générale, la volonté de changer son régime alimentaire pour aller vers un régime moins carné est faible (Hartmann et Siegrist, 2017).
  6. « To make meat harmless ». L’expression est utilisée par Bruce Friedrich, directeur exécutif du Good Food Institute, lors d’un débat au sujet de l’agriculture cellulaire (à retrouver sur Youtube : « 2019 Conscious Eating Conference - Cell-Based Meat Debate »).
  7. Collectif lyonnais pour la libération animale, « La libération animale : de quoi s’agit-il ? », Les Cahiers antispécistes, 4, 1992.
  8. « This Animal Activist Used to Get in Your Face. Now He’s Going After Your Palate », The New York Times, 12 mars 2019.
  9. Il est possible de contrer ce coût cognitif et social en valorisant une culture de la remise en question critique et de la discussion rationnelle. C’est généralement ce que recherchent les communautés sceptiques, rationalistes et de l’altruisme efficace.
  10. Pour une présentation rapide de l’approche comportementale dans l’activisme végane, voir la vidéo Youtube « Putting Food First – Vegan Diet vs. Eating Meat » réalisée par l’association Beyond Carnism.
  11. Il peut y avoir un décalage considérable entre ce que l'individu déclare comme régime alimentaire et ce qu'il consomme réellement. Il semblerait ainsi qu’une portion importante des personnes qui se déclarent végétariennes consomment en fait de la viande ou du poisson (Haddad et Tanzman, 2003).
  12. Le site Clean Meat Hoax (www.cleanmeat-hoax.com) recense un certain nombre d’objections au développement de l’agriculture cellulaire.
  13. Voir à ce sujet la vidéo Youtube « Clean meat will be kosher » réalisée par l’entreprise israélienne d’agriculture cellulaire SuperMeat.
  14. En réaction au manque de rigueur scientifique d’une partie du mouvement écologiste, certain-e-s en appelle au développement d’une écologie davantage rationnelle et factuelle. Voir par exemple le « Manifeste pour une écologie factuelle » paru sur le site Aiguillons (aiguillons.fr).
  15. Paul Ariès, Frédéric Denhez et Jocelyne Porcher, « Pourquoi les végans ont tout faux », Libération, 18 mars 2018.
  16. Une étude menée par le Vaccine Confidence Project en 2016 a montré que la France est le pays présentant le taux le plus élevé au monde de méfiance de la population envers les vaccins. Voir le rapport « The State of Vaccine Confidence: 2016 » sur le site du Vaccine Confidence Project.
  17. Définition donnée par Hervé Le Bars dans « Études de toxicité des OGM : le cadre réglementaire européen est-il à revoir ? », Science et pseudo-sciences, p. 20, Janvier - Mars 2019.
  18. « Major US supermarkets to boycott GM salmon », The Guardian, 20 mars 2013.
  19. Voir à ce sujet l’article « The Misinterpreted Parable of Horses and Cars in New York City »du blog Animal Movement Project (2019) et la vidéo Youtube de la conférence « Animal Advocacy Strategies: Technology vs. Social Change » donnée à une conférence Effective Altruism Global en 2018.