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Cahiers antispécistes n°07 - juin 1993

Suisse : Le Conseil Fédéral craint d’être la risée des bêtes

Le 7 mars dernier, les humains suisses ont par une votation repoussé une initiative populaire visant à l'abolition des expériences sur animaux ; c'est-à-dire qu'ils ont décidé de continuer de faire souffrir et de tuer de cette façon-là les non-humains. C'est la troisième initiative de ce type qui se voit repousser en Suisse ; comme pour les deux précédentes, le Conseil fédéral (= gouvernement) prônait le rejet. Ce qui a surtout retenu notre attention, c'est l'étonnant dessin que nous reproduisons ci-dessous et qui illustrait la brochure du Conseil fédéral sur le sujet.

Image

Ce dessin représente la situation où nous serions si l'initiative était acceptée. Un humain, malade, ne se voit proposer par le pharmacien que des plantes. Celui-ci semble avoir du mal à le convaincre. Un animal - un chat - observe la scène, et se marre.

L'image est censée illustrer la légende qui l'accompagne. Mais pourquoi, alors, l'impossibilité de développer de nouveaux médicaments fait-elle disparaître des rayons ceux qui existent déjà ? Pourquoi l'animal, qu'on ne vivisectera plus, exprime-t-il un tel mépris hilare, alors que, s'il saisit la situation, il devrait logiquement ressentir de la reconnaissance ou au pire - n'en demandons pas trop aux chats - une simple indifférence ?

Ce dessin semble illustrer moins sa légende que les peurs fantasmatiques des humains qui les poussent à défendre l'expérimentation animale. Les médicaments testés sont la viande de la pharmacopée. Ne plus vivisecter pour se soigner comme ne plus abattre pour se nourrir, serait renoncer à marquer notre domination sur les animaux. Ce serait faillir à la hiérarchie des forts sur les faibles.

Le chat de l'image, lui, ne se laisse pas aller à de telles fadaises. Il ne mange pas de l'herbe, lui ; carnivore, il connaît la loi de la nature - celle du plus fort - et sait le ridicule qu'il y a quand on est ce plus fort à ne pas en profiter.

Le 7 mars, donc, les Suisses eux aussi ont su se garder de ce ridicule. Ils ont suivi leur Conseil fédéral, peut-être parce qu'ils en partagent les fantasmes, peut-être parce qu'ils ont été convaincus par la force de son argumentation éthique : c'est que l' « exploitation [des animaux] est moralement justifiée dès lors (...) qu'elle demeure dans des limites acceptables » (et réciproquement, ajouterais-je) ; et la preuve en est que : « l'homme a toujours utilisé les animaux pour assurer sa propre existence. »