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Lettre aux Cahiers

(...) Et encore bravo pour les CA n.14 ! bravo de l'avoir consacré au naturalisme. C'est une initiative très courageuse car c'est une grande première : tout un journal francophone sur ce sujet ! Vous n'allez sans doute pas vous faire que des amies et votre "réputation" d'hurluberlus chez certaines personnes va être confirmée, mais sachez qu'on est vraiment très contentes de ce CA, que nous n'hésitons pas à prêter à nos amies intéressées par la libération animale. (...)

À propos de « Contre l'apartheid des espèces » et tout particulièrement de l'avant-dernier paragraphe de « Humanisme, naturalisme, même médaille » :

Tu écris : « Un tel monde (contrôlé et géré par les humains de A à Z) perdrait beaucoup, peut-être, en liberté, en imprévisibilité, en autonomie, en poésie... Mais (...) » Alors là, je ne suis pas du tout d'accord et même, je trouve que tu as écrit une sacrée bêtise, qui est une anti-pub, voire carrément un repoussoir à nos idées. Nota Bene : mon propos n'est pas de savoir si nous voulons ou non exactement un tel monde, qui n'est il faut le dire guère attirant, mais d'expliciter mon désaccord avec tes perspectives quant à un tel monde.

Pourquoi ce monde perdrait-il en liberté ? Au contraire, il gagnerait en liberté puisque ce monde suppose une réelle égalité animale et donc sans doute une égalité sociale des humaines. Seule cette égalité permet une véritable liberté pour chacune, confirmée par celle des autres. D'un autre côté, si cette idée signifiait l'interdiction/répression de manger de la viande (ce qui ne peut être le cas puisque si la société a tellement évolué et est devenue antispéciste au point de s'occuper de la prédation, c'est qu'au niveau de l'antiracisme/sexisme... elle a aussi énormément évolué. Et je ne pense pas qu'une telle évolution, si importante, est possible dans une société basée sur l'interdiction/répression avec "chefs" et hiérarchie) alors en effet cela signifie moins de liberté. Mais si s'occuper de la prédation peut devenir un sujet social (de la société), c'est que les individues sont toutes végannes, a priori, et ce pour les mêmes raisons que « nous » en sommes pas racistes : si je ne suis pas raciste et si je ne tue pas les Noires, par exemple, ce n'est pas parce que la loi me l'interdit. Si dans le monde de ton exemple subsiste une assez grande minorité de spécistes ou de racistes, il serait de toute façon trop délicat d'y envisager sérieusement et à grande échelle le problème de la prédation (sans causer une quantité égale ou supérieure d'autres souffrances). La question humaines/non-humains doit donc avoir été réglée [1]. Donc, cette société ne signifie pas moins de liberté, en tout cas pas pour une conception sociale de la liberté. Même chose pour l'autonomie, bien sûr.

Pour ce qui est de la poésie, si cela signifie moins de poésie c'est que cela signifie moins de culture, comme dans les régimes totalitaires (stalinisme, fascisme...) !!! (Sic !)

Je vois ce que tu as sans doute voulu dire : moins de poésie « romantico-naturaliste » avec les mâles lions faisant la cour, les vifs chasseurs, etc. Mais surtout pas « moins de poésie » !!! Pourquoi stopper le spécisme (et donc le racisme, le sexisme...) signifierait-il moins de poésie ? C'est du délire. Non, je pense qu'il y aura toujours des poètes - à moins que la société ne soit totalitaire et censure, ce qui est contradictoire avec l'éthique antispéciste (faut-il développer ce sujet ?) - ÉVIDEMMENT, et voire même plus si plus de liberté et plus de justice et plus de plaisirs signifient plus de poésie.

Bref, je pense que tu as donné des arguments et fait peur à nos « adversaires » politiques qui t'auront lu, voire même à des antispécistes ne comprenant pas bien (à juste titre) pourquoi il y aurait moins de liberté et moins de poésie...

[1] Cela va dans le sens de la conclusion de Sapontzis dans « Faut-il sauver... ».