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La maladie de la « vache folle »

Nous ne parlons pas beaucoup de l'ESB dans ce numéro : c'est que nous n'avons trouvé en fait que peu à en dire. Malheureusement, comme toujours, dans tout le bruit fait autour de l'affaire, il a été fort peu question du sort des vaches elles-mêmes, de leurs intérêts propres. Que ressent la vache atteinte ? Certaines maladies neurologiques causent une souffrance intense ; qu'en est-il ici ? Qui en a parlé dans la presse ? Nous avons seulement entendu dire qu'il fallait les éliminer, pour préserver notre santé. Des fois qu'un humain soit atteint... Spécisme ordinaire.

On a aussi beaucoup glosé sur le caractère « anti-naturel » - « donc » horrible - de la pratique, soupçonnée d'être à l'origine de l'épidémie, de nourrir les vaches avec les restes recyclés d'autres animaux « de boucherie ». Amener des bêtes « prévues » par Nature pour être herbivores à manger d'autres bêtes ! Leurs propres congénères, en plus - c'est du cannibalisme ! (Par contre, les élever pour les abattre, c'est naturel, elles sont prévues pour.) Nous avons assisté au déferlement des grandes peurs mystiques, de la peur du glaive de la Nature punissant l'Homme pour son hybris. Et là encore, dans ce délire sodome-et-gomorrois, les vaches n'existent pas, sont réduites au statut de représentantes de Nature et d'instruments presque consentantes de Sa vengeance. Misère du naturalisme spéciste.

Bien sûr, il y a l'inquiétude des bouchers et les chiffres de baisse de consommation ; toutes choses qui seraient douces à nos oreilles, s'il n'y avait cet autre point sur lequel peu se sont arrêtées : la consommation de viande de boeuf a été remplacée par celle de la chair de volaille, de poisson... Le nombre de victimes du spécisme n'aura donc pas diminué, bien au contraire. Cela n'empêchera pas certaines militantes pro-végétarisme de continuer à nous asséner qu'en déployant l'argumentaire santé-nature, on pourra faire l'économie d'une authentique argumentation éthique...

Peut-être peut-on espérer que le bruit fait autour de cette affaire - et peut-être encore plus, l'analogie, frappante et qui a déjà frappé certaines, entre les centres d'extermination de masse qui se mettent en place en Angleterre pour « traiter » les vaches contaminées et les camps de la mort hitleriens - stimule quelque prise de conscience du fait que manger de la viande ne va pas de soi. Notre tâche, comme toujours, sera de lutter pour que l'on comprenne clairement aussi pourquoi cela ne va pas de soi.