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Ce numéro zéro des Cahiers antispécistes lyonnais existe pour donner, à vous et à nous, une image concrète sur une pagination réduite du premier périodique français pour l'abolition du mépris qui frappe les intérêts des animaux non humains. Nous avons voulu vous y apporter, comme nous tenterons de le faire dans les numéros suivants, tant des éléments de réflexion de fond que des informations pratiques et d'actualité.

Antispéciste : qui s'oppose au spécisme. Mais encore ? Si dans le titre même nous avons choisi d'employer un mot absent des dictionnaires français, ce n'est pas pour épater, mais parce que notre propos est nouveau dans ce pays ; bien que le refus de considérer sérieusement les intérêts des individus non humains soit peut-être de l'ordre, non du jamais pensé, mais du systématiquement non pensé.

Du spécisme, nous formulons en couverture une définition, discutable, comme l'est n'importe quelle définition du racisme ou du sexisme [a]. Les pages suivantes en disent un peu plus. Mais le spécisme est trop près du cœur de notre société pour que quelques individus aient l'espoir d'en faire le tour. Les Cahiers se voudront donc pluridisciplinaires, et tenteront entre autre de traduire la richesse de la littérature, anglo-saxonne en particulier, qui traite du sujet.

Le but du mouvement de libération animale est de faire cesser ce qui constitue une des plus grandes sources de souffrance qui ait jamais existé. Pour ne parler que de la viande, en France, sont abattus, chaque année, près d'un milliard d'individus non humains pour la boucherie. Parce que leurs intérêts sont subordonnés à ceux des humains, ils n'échappent, de la naissance à l'abattage, à l'imposition d'une souffrance continue et intense, que quand les humains n'y auraient rien à gagner. Leur mort elle-même est aux yeux des humains une question de goût.

Les statistiques ne donnent pas, par contre, pour les poissons, le nombre d'individus éclatés dans les filets, étouffés ou dépecés vivants sur les ponts des navires, l'unité étant pour eux la tonne et non l'être. Ils sont, au moins, plusieurs milliards à mourir ainsi chaque année pour le plaisir des seuls Français.

La rationalité fonde le projet antispéciste, qui s'oppose à des traditions et des modes de pensée millénaires. Ce projet ne peut être tourné vers le passé, au cours duquel le spécisme a toujours été la pensée dominante. Et la réussite, même partielle, de la pensée antiraciste, et des autres mouvements de libération de ces deux derniers siècles, fondés eux aussi sur la raison, nous donne à penser que l'antispécisme est un projet qui réussira.

[a] Définition donnée sur la couverture du numéro zéro des Cahiers antispécistes : « Le spécisme est à l'espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte, ou de moins prendre en compte, les intérêts de certains au bénéfice d'autres, en prétextant des différences, réelles ou imaginaires, mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu'elles sont censées justifier. »