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Le Monde diplomatique, août 2001 :

[...] la France est couverte de camps de concentration et de salles de torture. Des convois de l'horreur la sillonnent à tout instant et en tout sens.[...]

Pour ces millions, pour ces milliards d'animaux, le simple fait de vivre, depuis la naissance jusqu'à la mort, est un supplice de chaque seconde, et ces régimes épouvantables leur sont infligés pour des raisons si mesquines qu'on a peine à croire que des êtres humains puissent s'en prévaloir sans honte : une chair blanche, quelques centimes gagnés sur un oeuf, un peu de muscle en plus autour de l'os. « Cruelles friandises », disait Plutarque.

Armand Farrachi peut écrire cela et le reste dans un journal qui tire à 283500 exemplaires.

Y-a-t-il eu un après août 2001 ? Non ! Comment est-ce possible ? Comment le monde peut-il continuer à tourner ? Ces vérités que nous assène Armand Farrachi, évidemment, personne ne peut les démentir. Pourtant elles semblent se dissoudre calmement.

Tout se passe comme si le regard lui-même avait toujours banalisé le mal, vidé de leur sens et de leur histoire ses manifestations singulières pour y substituer les éléments d'une structure immuable : ceux qui souffrent, ceux qui meurent sous le joug de l'exploitation ne font que répondre à la destination qui est par nature la leur. Un peu à la manière dont la langue nous précède, cette transmutation qu'est la banalisation, voire la naturalisation, du mal précède chacun de nous. Cet aveuglement à la souffrance nous est comme donné ;il est de l'ordre de l'héritage, et d'un héritage d'autant plus souverain qu'il fait partie de ces choses tacitement léguées : il y a ce qu'il convient de taire et ce qu'il convient de ne pas voir. On voit alors sans voir, les perceptions sont dépourvues de signification, ce sont des apparences sans réalité, des contours vides, des ombres qui ne renvoient à rien.

Florence Burgat nous dit qu'il ne suffit pas de voir, de connaître, il faut aussi donner du sens, ancrer ces perceptions dans la réalité. Il ne suffit pas de savoir, il faut aussi être en mesure de changer, autrement dit s'extirper du cocon spéciste.

Ma prise de conscience du dispositif conceptuel de légitimation de l'exploitation animale est née du regard transfiguré que j'ai porté sur la viande,ce continuum de chair étranger à l'individualité animale dont elle provient pourtant.

Qu'est-ce qui provoque cette transformation du regard, cette intériorisation du savoir. Un choc ? Un déclic ? Bouleverser pour s'accommoder, déconstruire et restructurer sa pensée. Et puis une rencontre, toujours, avec des images, des mots, ce sera peut-être ce témoignage sur un stage dans un abattoir (p. 43).

C'est, en tout cas, une véritable démarche et la susciter c'est militer, militer au quotidien, militer au coup par coup, individuellement, collectivement, par le symbole, par le fait...

Le 18 mai prochain aura lieu la 2e Veggie Pride, affirmation publique du végéta*isme pour les animaux. Ce sera une belle occasion.

Sébastien