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Cahiers antispécistes n°05 - décembre 1992

À propos de la prédation

Traduit de l’anglais par David Olivier

Ce texte est paru dans le n°57 (été 1992) de la revue britannique Vegan Views (6 Hayes Av., Bournemouth, BH7 7AD, Royaume-Uni).

Le numéro 55 de Vegan Views reproduisait deux articles, intitulés respectivement « Operation Wolf » et « The Fox Project ». Le premier approuvait une suggestion tendant à réintroduire des loups dans le Yellowstone National Park aux États-Unis, dans le but de réduire le nombre de bisons. Le second, publié à côté du premier, condamnait la chasse au renard et se réjouissait des tentatives faites au niveau législatif en vue de son abolition.

Suis-je le seul à avoir eu l'idée qu'il pourrait y avoir une contradiction entre ces deux articles ? Le dossier à l'encontre de la chasse au renard est en partie fondé sur le fait qu'il s'agit en premier lieu d'un sport et non d'un moyen de contrôle, et sur le fait que d'autres méthodes, plus humaines, telles que l'abattage par des tireurs d'élite, seraient à préférer en tant que moyens de contrôle.

En ce qui concerne les bisons, la réintroduction de loups serait-elle une mesure plus défendable qu'une politique d'abattage par des tireurs d'élite des individus les plus faibles ? Parmi les facteurs à prendre en compte dans une telle décision il y a l'intérêt de l'espèce proie à éviter une mort peu agréable, et si de fait l'emploi des tireurs d'élite s'avérait la meilleure méthode de contrôle relativement aux intérêts des bisons, il s'agirait d'un élément à prendre en compte en faveur de cette méthode. Il n'y a aucune logique dans le fait de nous abstenir d'exercer des violences non nécessaires envers les animaux non humains si c'est pour en provoquer entre ces derniers eux-mêmes.

Mon propos ici n'a cependant pas pour but de suggérer qu'il ne puisse y avoir aucune place pour les loups ou que la conservation de leur espèce soit une mauvaise idée. Parmi les facteurs à prendre en compte il y a aussi l'intérêt des prédateurs à vivre, et l'intérêt des humains à voir exister une gamme diversifiée d'espèces. Il arrivera peut-être qu'un jour les espèces prédatrices soient entretenues par nos soins, éventuellement avec de la viande (issue d'animaux élevés et tués humainement) déposée en des endroits stratégiques. Une telle vision a-t-elle un caractère prophétique, ou au contraire scandaleux ?

Bien sûr, nous devons nous montrer prudents face à toute proposition quelle qu'elle soit qui implique d'intervenir sur les conditions naturelles - surtout si la proposition a un caractère extrême -, de peur de ne faire qu'empirer la situation. Cependant, s'abstenir de réintroduire une espèce n'est pas la même chose qu'interférer dans des conditions existantes. Ce sur quoi je désire cependant mettre l'accent est que le caractère naturel d'un fait, y compris la prédation, n'implique pas en soi qu'il s'agisse de la meilleure solution ni d'une solution moralement juste. La faim, la maladie et la mort sont trois phénomènes que l'on peut qualifier de naturels, mais sont également des phénomènes que l'on tente d'éviter, du moins quand ils touchent les humains. Et même s'il est possible de considérer dans une certaine mesure comme naturel le fait que les humains mangent de la viande, il ne s'ensuit aucunement que le végétalisme soit une pratique indéfendable !